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La supériorité des connaissances – Maurice Magre

La supériorité des connaissances – Maurice Magre

Elle m’a dit: «Je suis très savante. A treize ans je savais tisser, à
quatorze ans je savais tailler des vêtements, à quinze ans je jouais du
luth, à seize ans j’avais appris la danse. A dix-huit ans je dirigeais
tes servantes, tes jardiniers et tes porteurs de litière.»

Et je lui ai répondu: «Je suis très ignorant. J’ai essayé de percer le
mystère des choses cachées et il est demeuré impénétrable. J’ai essayé
de découvrir la loi secrète des rythmes poétiques et je n’y suis pas
arrivé. Je ne comprends rien à ce que je vois autour de moi. Je ne sais
pas pourquoi tu ris et pourquoi tu pleures et tu restes à mes côtés
comme la plus grande énigme de l’univers.»

Alors elle a poussé des cris de joie en pensant à la supériorité de ses
connaissances et elle s’est mise à tourbillonner dans la chambre. Mais
elle s’est arrêtée, elle a regardé le plafond, et comme si elle avait un
regret elle est venue vers moi en disant: «Il y a autre chose qui fait
que tu es encore plus ignorant: Je sais t’aimer et tu ne sais pas que je
t’aime.»

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