
Je fermerai la porte et nous serons ensemble – Alice Véga

Je fermerai la porte et nous serons ensemble,
Ô toi que je ne puis plus voir !
Sous l’invisible vent comme la branche tremble,
Mon âme frissonne d’espoir.
Je demeureurai grave et froide en apparence
Le front incliné, les yeux clos,
Tels que sont loin des voix, du bruit, de la souffrance
Les morts du solitaire enclos.
Toi, pleine de pitié, mais sans ouvrir la bouche.
Ni me tendre encore les bras,
Tes yeux divins fixés longuement sur ma couche,
Ma sœur, tu me regarderas.
Dans la muette nuit j’entendrai ton silence,
Je laisserai fidèle et fort
Te répondre mon cœur qui vers le tien s’élance,
Malgré le voile de la mort :
Malgré le faix pesant qui me lie et m’écrase,
Moi je te parlerai tout haut ;
L’ombre m’entoure en vain ; j’échappe par l’extase
À l’innombrable et noir assaut.
Ainsi je te parlais quand je vivais à peine,
Que tu me rappelais au jour
Sans me dire un seul mot, par la puissante chaîne
De ton fervent et pur amour.
À la vie à présent tu m’appelles encore,
Douce messagère des cieux,
Et je sais qu’en ma nuit poindra bientôt l’aurore
D’un grand bonheur mystérieux.























