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Théodore Botrel — Le chansonnier breton devenu barde des armées

Théodore Botrel — Le chansonnier breton devenu barde des armées

1868 — 1925

Ya, vat ! il faut bien reconnaître
Que le Diable est un fin matois…
Mais il trouva souvent son maître
Au bon vieux Pays Trécorrois

Le Clocher de Tréguier

Il y a deux Botrel, et le second a mangé le premier.

Le premier est un conteur breton d’une adresse réelle. Il raconte des légendes de clocher, des diables joués par des paysans plus malins qu’eux, des loups-garous, des mères et des marins. Il écrit pour être chanté, il connaît son métier, et sa Paimpolaise a fait le tour du monde.

Le succès d’un genre

Né à Dinan en 1868, employé de chemin de fer puis chansonnier de cabaret, il invente une Bretagne — coiffes, calvaires, goémon, foi simple — qui doit autant à la réalité qu’au goût du public parisien de 1900. On lui a beaucoup reproché ce folklore de convention. Le reproche est fondé et il rate l’essentiel : dans ses meilleures pièces, la langue attrape quelque chose de vrai, un tour de phrase, une manière de commencer une histoire.

1914

Puis vient la guerre, et il est nommé « barde des armées ». Pendant quatre ans il parcourt le front et chante devant les soldats. Il y croit sincèrement, et c’est bien le problème.

Le corpus réuni ici en garde une masse considérable : La Messe au camp, À l’oncle Sam, Le « Lusitania », Le Train des soldats, Sur la route de Louvain. C’est de la propagande, écrite par un homme convaincu, et cela a très mal vieilli — non pas parce qu’il défendait son pays, mais parce que la chanson y sert à empêcher de penser.

Il faut le lire quand même, et sans indulgence. On y voit à quoi ressemble un art populaire quand il se met au service d’un état-major : les rimes deviennent des ordres.

Ce qu’il faut lire de lui

Reste la Bretagne d’avant. « Le Clocher de Tréguier » commence par un « Ya, vat ! » et une confidence — le Diable est un fin matois, mais il a trouvé son maître par ici. C’est de la belle ouvrage de conteur, et cela n’a rien à voir avec ce qui suivra.

Il est mort en 1925 à Pont-Aven, à cinquante-sept ans, immensément populaire et déjà démodé.

Choix de textes

  • Le Clocher de Tréguier — Une légende de clocher racontée par quelqu’un qui sait raconter. Le meilleur Botrel.
  • Les Loups-Garous — Le fonds breton, celui des veillées, avant que la guerre ne s’en mêle.
  • Le Serment — Une promesse de marin. La forme chanson à son emploi le plus juste.
  • La « petite maman » — Le sentimentalisme assumé qui a fait sa fortune et sa perte.
  • La Messe au camp — Le barde des armées à l’ouvrage. À lire pour comprendre ce que fut ce métier.
  • Des chacals, non des lions — Une réponse en chanson à une accusation. Les rimes y servent d’argument.
  • À l’oncle Sam — L’entrée en guerre des États-Unis, saluée en couplets. Document d’époque.

Pour le lire

Chansons de chez nous (1898) · Chansons des clochers à jour (1912) — le Botrel breton.

Les Chants du bivouac (1915) · Refrains de guerre (1916) — le barde des armées.

La Paimpolaise (1895) reste sa chanson la plus connue, bien au-delà de son nom.

Guillain Méjane

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