
Stuart Merrill — Celui qui voulait que le vers soit une gamme

1863 — 1915
L’enchanteresse de Thulé
A ravi mon âme en son île
Où meurt, tel un souffle exhalé…
Amour d’automne
Il est né à Hempstead, dans l’État de New York, en 1863. Son père était diplomate. Il aurait pu écrire en anglais, il avait tout pour cela — et il a choisi le français, jusqu’à devenir l’un des poètes les plus scrupuleux du symbolisme.
Son premier livre s’appelle Les Gammes. Le titre est un programme : il voulait que le vers français fonctionne comme une portée musicale, que les voyelles s’appellent, que les consonnes reviennent en accords. Il a poussé cette idée plus loin que quiconque, parfois jusqu’à l’illisible, souvent jusqu’à quelque chose qu’on n’entend nulle part ailleurs.
Un riche qui donnait tout
Sa fortune américaine lui a permis de ne jamais travailler, et il l’a largement dépensée pour les autres : il finançait des revues, aidait des poètes sans le sou, faisait vivre des causes.
Car il était anarchiste, sincèrement et publiquement, à une époque où cela coûtait cher. Il a signé pour les condamnés, il a pris la défense d’Oscar Wilde quand toute l’Angleterre le lâchait, il a milité contre la peine de mort. Un Américain riche, symboliste et libertaire : la combinaison n’existe pas deux fois.
La musique, et sa limite
Ce qui frappe en le lisant aujourd’hui, c’est le soin. Chaque poème est un objet réglé, où rien n’a été laissé au hasard, et cette perfection est en même temps sa limite : on admire longtemps avant d’être touché.
Puis on tombe sur une pièce où la mécanique cède — « Je ne sais ce que veut mon cœur », « L’Éternel dialogue » — et l’on comprend que la virtuosité n’était pas une pose mais une digue.
1915
Il est mort à Versailles en 1915, à cinquante-deux ans, pendant la guerre qui achevait le monde dont il venait. Aucun de ses livres n’est aujourd’hui disponible en librairie ; le Vagabond en héberge près de deux cents pièces, ce qui en fait probablement l’endroit le plus commode pour le lire.
Choix de textes
- Amour d’automne — L’enchanteresse de Thulé, et une musique de voyelles qui ne ressemble à personne.
- Nuptiale — Un épithalame symboliste, réglé jusqu’à la dernière syllabe.
- Parsifal — Wagner, obligé chez les symbolistes — et traité ici sans dévotion.
- Le Refrain — Le retour du même, qui est toute sa poétique en un titre.
- L’Éternel dialogue — L’un des poèmes où la mécanique cède et où quelque chose passe.
- Je ne sais ce que veut mon cœur — Un aveu d’ignorance, chez le plus contrôlé des poètes de sa génération.
- À la tisseuse — Le travail des mains, chez un homme qui n’a jamais eu à travailler.
- Vers la ville inconnue — Le départ, l’ailleurs — d’un Américain qui avait déjà tout quitté.
- La Leçon — Un titre sec pour un poème qui ne l’est pas.
- Au crépuscule — L’heure symboliste par excellence, sauvée par l’oreille.
Pour le lire
Les Gammes (1887) — le livre-programme, où le vers cherche à devenir une portée musicale.
Les Fastes (1891) · Petits poèmes d’automne (1895) · Une voix dans la foule (1909).
Aucune édition courante à ce jour : le Vagabond est probablement l’endroit le plus commode pour le lire.
Guillain Méjane























