
Maurice Magre — Celui qui cherchait une porte de sortie

1877 — 1941
Oh ! vivre là, avec la parfaite certitude qu’aucun visiteur
ne se présentera à la minuscule porte du kiosque…
La sagesse divine
Un kiosque de porcelaine au sommet d’une montagne, d’où l’on voit de très loin les dômes des villes où s’agitent les hommes. Et la certitude que personne ne viendra.
Maurice Magre a passé sa vie à chercher cet endroit-là, et il l’a cherché partout : dans l’opium, dans l’Inde, chez les cathares, dans les doctrines les plus improbables. Il ne l’a évidemment pas trouvé.
Le Toulousain de Paris
Né à Toulouse en 1877, il monte tôt à Paris et y réussit vite : des vers dès dix-huit ans, du théâtre joué, des romans, une place dans la vie littéraire. Il aurait pu s’en tenir là.
Sa poésie a d’abord un versant social très net — des ouvriers, des filles, des repas d’hommes, des juges et des bourreaux. Puis, peu à peu, elle glisse vers autre chose : des contes en prose où une femme au balcon cache son visage derrière un éventail en plumes de paon, où des empereurs de Chine et du Japon se répondent, où un jardin est maudit.
Le poème en prose comme évasion
C’est là qu’il devient singulier. Ses proses ne racontent pas vraiment : elles installent un lieu, une lumière, une possibilité, et s’arrêtent avant que quoi que ce soit n’arrive. Le lecteur reste sur le seuil, ce qui est exactement le sujet.
On y sent l’opium, dont il a écrit qu’il ouvrait des chambres. On y sent surtout une inaptitude au monde ordinaire, formulée sans plainte et avec une politesse parfaite.
Les cathares, l’Inde, et la fin
La seconde moitié de sa vie part vers l’ésotérisme : les albigeois, la réincarnation, les sagesses de l’Orient. Il a écrit là-dessus des livres qui se vendent encore et que les universités ne citent pas. On peut sourire ; on peut aussi remarquer que c’est le même homme qui cherchait le kiosque.
Il est mort à Nice en 1941, dans une France occupée dont il ne voulait plus rien savoir.
Choix de textes
- La sagesse divine — Un kiosque où personne ne viendra jamais. Le programme de toute une vie.
- Le jardin maudit — Un lieu qu’on installe, et rien qui n’arrive. Le lecteur reste sur le seuil.
- L’empereur de Chine et l’empereur du Japon — Un conte oriental sans exotisme, mené comme une fable politique.
- Le juge et le bourreau — Le versant social, celui qu’on oublie chez lui. Sec et net.
- Repas d’hommes — Une tablée, et tout ce qui ne s’y dit pas.
- La petite danseuse — Un métier de corps regardé sans complaisance.
- Vieillesse — Sans consolation ni révolte. Il constate.
- La descente du fleuve — Le voyage comme forme de la sortie. Son image récurrente.
- Il vaut mieux que tu ne reviennes pas — Un congé donné avec une douceur qui rend la chose pire.
- Femme à la panthère — L’imagerie 1900 poussée jusqu’à l’étrangeté.
Pour le lire
La Chanson des hommes (1898) · Le Poème de la jeunesse (1901) — le Magre social des débuts.
Les Belles de nuit · Les Lèvres et le secret — les proses et les contes.
Le Sang de Toulouse · Magiciens et illuminés — les livres ésotériques, qui se vendent encore.
Guillain Méjane























