
Auguste Brizeux — Celui qui a écrit la Bretagne avant le folklore

1803 — 1858
Bretons, pour qui j’écris les amères angoisses
De deux amants de Scaer, cette fleur des paroisses,
Et qui dans ces récits simples et familiers
Retrouvez les tableaux de vos propres foyers…
Les Noces de Nona
Remarquez à qui il parle. Pas au lecteur parisien, pas à la postérité : aux Bretons. Il écrit pour des gens qui vont reconnaître leur propre maison dans le poème.
C’est cela qui le sépare de tout ce qui suivra. Un demi-siècle plus tard, la Bretagne sera devenue un décor à coiffes et à calvaires vendu sur les scènes parisiennes. Brizeux, lui, écrivait du dedans.
Lorient, Paris, et le retour
Né à Lorient en 1803, monté à Paris comme tout le monde, il y fréquente les romantiques et écrit du théâtre. Puis, en 1831, il publie Marie — l’histoire d’un amour d’enfance en Cornouaille — et le livre a un succès qui le surprend lui-même.
Il y revient toute sa vie. Les Bretons, en 1845, est une épopée paysanne en vingt-quatre chants : les noces, les pardons, les marins, les frères de la Miséricorde qui enterrent les pauvres. Il a même écrit en breton, ce que presque personne ne faisait alors avec une intention littéraire.
La simplicité, qui est une décision
Sa langue est délibérément plate, au sens le plus noble : il refuse l’ornement, il raconte. « Histoire d’Ivona » est une chanson à refrain court — « Qu’en dit-on ? » — sur une fille entrée au couvent, et la mécanique du refrain fait tout le travail émotionnel sans qu’un seul mot soit forcé.
J’aime une fille jolie,
Ivona, tel est son nom.
Qu’en dit-on ?
Cette économie a un prix : on l’a trouvé fade, et il l’est parfois. Mais lorsqu’il touche juste, il obtient ce que peu de poètes obtiennent — l’impression qu’aucun poète n’est intervenu.
La fin au soleil
Tuberculeux, il passe ses derniers hivers dans le Midi et en Italie, à chercher un air qui ne le tue pas. Il meurt à Montpellier en 1858, à cinquante-quatre ans, loin de la Cornouaille dont il avait fait un pays de langue.
Choix de textes
- Les Noces de Nona — « Bretons, pour qui j’écris… » Il s’adresse à ceux dont il raconte la vie.
- Histoire d’Ivona — Une chanson à refrain court sur une fille entrée au couvent. Rien n’est forcé.
- Quand près de vos maisons je passe tout rêveur — Le poète en passant, qui ne s’invite pas. Sa position exacte.
- Heures de trêve — Le répit, entre deux travaux. Il regardait aussi les moments où il ne se passe rien.
- Le Livre blanc — La page vide comme sujet. Rare, et sans coquetterie.
- Dans les montagnes — Hors de Bretagne, écrit pendant ses hivers de malade au soleil.
Pour le lire
Marie (1831) — l’amour d’enfance en Cornouaille, le livre qui l’a fait connaître.
Les Bretons (1845) — une épopée paysanne en vingt-quatre chants.
Telen Arvor (1844) — ses poèmes écrits en langue bretonne. Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane






















