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Il vaut mieux que tu ne reviennes pas – Maurice Magre

Il vaut mieux que tu ne reviennes pas – Maurice Magre

Il vaut mieux que tu ne reviennes pas, puisque tu es parti une fois de
la maison. D’autres fleurs de pêchers tombent dans le jardin, d’autres
lotus s’entr’ouvrent sur l’étang. Mais ce sont les anciennes fleurs qui
m’étaient chères. Il vaut mieux que tu ne reviennes pas.

Puisque tu t’es éloigné de moi, que le voyage te soit doux. Le monde est
grand. Il y a dans de tièdes intérieurs d’autres lampes qui éclairent
des visages remplis de douceur. Là, on joue aussi de la cythare, on lit
des livres. Tu y seras tendrement aimé, puisque tu t’es éloigné de moi.

Ce n’est pas le départ qui est la plus grande tristesse. On se dit adieu
avec un cœur ferme. A ce carrefour tu trouveras une auberge. A ce
carrefour tu trouveras un ami. Et puis on sait que les séparations et
les chagrins forment le tissu quotidien de la vie. Ce n’est pas le
départ qui est la plus grande tristesse.

Il vaut mieux que tu ne reviennes pas à cause du regard qui n’est plus
le même, à cause de la main qui ne se tend plus avec la même franchise.
Je sais bien que la puissance d’oubli est illimitée et que le pardon est
le cœur de Dieu. Pourtant, puisque tu es parti une fois de la maison, ô
bonheur, il vaut mieux que tu ne reviennes pas.

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