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À l’oncle Sam – Théodore Botrel

À l’oncle Sam – Théodore Botrel

Oncle Sam, écoute et regarde
Tous ces petits Français heureux
Qui me prient, moi, leur humble barde,
De te remercier pour eux ;

On leur avait dit : « Cette année
» Père Noël ne pourra pas
» Descendre dans la cheminée
» Car, chez nous, c’est la Guerre, hélas !

» Nul ne peut franchir avant l’aube
» La « zone armée » ; et puis, du ciel,
» Un sacrilège et méchant « Taube »
» Pourrait bien mitrailler Noël !

» Sur instance pontificale
» La Crèche est cachée avec soin :
» Comme une simple cathédrale
» On la bombarderait de loin !

» Quand il est revenu de mode,
» Innocents, de vous massacrer,
» Il est prudent de craindre Hérode :
» Couchez-vous sans bruit, sans pleurer ;

» Mettez dans un coin de la chambre,
» Et non dans l’âtre, vos souliers :
» Par ce triste vingt-cinq Décembre
» Les joujoux seront oubliés ! »
Et voici Noël — ô merveille ! —
Qui nous vient à bord du Jason
Et qui nous débarque à Marseille
Sa mirifique cargaison ;

Et, soudain, dans chaque chaumière
Retentissent de joyeux cris ;
Et l’Espoir, comme une lumière.
Éclaire les fronts assombris :

Des mamans au cœur lourd d’alarmes
Les bons rires sont retrouvés
Et — là-bas — les pères en armes
Rient de se sentir approuvés !
Ah ! sois donc béni par l’Enfance,
Oncle Sam, et sois-le par nous
Toi qui viens semer sur la France
De l’Espoir avec des joujoux ;

Et que les vents de l’Atlantique
Portent — lancés à tour de bras —
Aux petits enfants d’Amérique
Les baisers de nos petits gâs.

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