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Lucie Delarue-Mardrus — Celle qui revenait toujours à la mer

Lucie Delarue-Mardrus — Celle qui revenait toujours à la mer

1874 — 1945

Mer nocturne passée, ô toi que je retrouve,
Autrefois, par les soirs, le long de tes galets,
Sombre et seule, devers le destin je hêlais,
Et mon inquiétude errait comme une louve.

Retour à la mer

Une inquiétude qui erre comme une louve : voilà ce qu’elle a rapporté de partout, et elle est allée loin.

Née à Honfleur en 1874, mariée au docteur Mardrus, le traducteur des Mille et Une Nuits, elle a passé des années en Égypte, en Tunisie, au Maroc, en Palestine. Elle a écrit une cinquantaine de livres, sculpté, peint, tenu des chroniques. Et chaque fois qu’elle revient à un poème qui compte, c’est la Manche qui est là.

Une Normande obstinée

Sa Normandie n’a rien de la carte postale. Ce sont des chantiers, des chalands, un port, du vent, une lumière grise qu’elle nomme grisaille sans y voir une insulte. Elle écrit la mer comme quelqu’un qui a grandi devant, c’est-à-dire sans émerveillement : comme on écrit une famille.

Sa langue est ferme, sans mièvrerie, souvent rude. « L’étreinte marine » est un poème d’amour où le corps de l’autre se confond avec le remous et les varechs — cela pourrait tourner à la joliesse, cela finit par faire peur.

Ce qu’on lui a fait payer

Elle a été extrêmement lue de son vivant, puis effacée, et pas seulement parce qu’elle était femme. Elle a aimé des femmes — Natalie Clifford Barney, entre autres, celle-là même qui avait emmené Renée Vivien à Mytilène — et elle l’a écrit. Elle a divorcé. Elle a vécu comme elle l’entendait, à une époque où cela se payait comptant.

Elle est morte en 1945, à soixante et onze ans, dans une France qui sortait de la guerre et n’avait pas de temps pour ses poètes de 1900.

Le Vagabond en garde plus de deux cents pièces. Elles tiennent, et la mer y est toujours.

Choix de textes

  • Retour à la mer — « Mon inquiétude errait comme une louve. » Le poème qui la résume.
  • L’étreinte marine — Un corps confondu avec le remous et les varechs. Cela finit par faire peur.
  • Dans le port — Sa Normandie de travail : les quais, pas les falaises des peintres.
  • Les chalands — Des bateaux de charge, regardés sans une once de pittoresque.
  • Septembre — La saison qu’elle préférait, et la lumière qui va avec.
  • Rouge d’Automne — La couleur prise comme sujet entier, à la manière d’une peintre — ce qu’elle était aussi.
  • Au vent — Le vent de la Manche, qui traverse tout son œuvre.
  • Résistance — Le mot n’a pas le sens qu’on lui donne aujourd’hui, et le poème n’en est pas moins ferme.
  • Rocking chair — Un objet ordinaire, un titre en anglais, une modernité tranquille pour 1900.
  • Lune — Le sujet le plus usé de la poésie, repris sans se soucier de ce qu’on en a fait.

Pour le lire

Occident (1901) · Ferveur (1902) · Horizons (1904) — les recueils de ses débuts, ceux dont vient l’essentiel de ce corpus.

Mes mémoires (1938) — le récit d’une vie qui n’a rien eu de conventionnel.

Aucune édition poétique courante à ce jour.

Guillain Méjane

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