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Dans ce vieux, ce très vieux jardin… – Maurice Magre

Dans ce vieux, ce très vieux jardin… – Maurice Magre

C’était un vieux, un très vieux jardin. L’automne en avait pris
possession et s’y lamentait sans cesse avec le vent. Et là, les morts
s’étaient accoutumés à venir errer.

Pourquoi avaient-ils choisi ce vieux, ce très vieux jardin? A cause du
pourrissement des feuilles? des exhalations de l’étang? Je ne sais. Mais
je les voyais de ma fenêtre.

Je voyais les morts dans les allées. Ils n’avaient pas l’air très
malheureux. Ils se tenait immobiles regardant la terre avec obstination
et ils semblaient privés d’intelligence.

Quelquefois ils trottinaient deux par deux. D’autres fois ils levaient
les bras tristement. Je croyais qu’ils allaient se plaindre mais ils
demeuraient silencieux comme la descente du crépuscule.

Les premiers temps ils m’avaient effrayé, mais je m’étais accoutumé à
leur présence. L’absence de flamme de leur regard amenait dans mon âme
l’absence de pitié.

Quelquefois je leur jetais des mies de pain comme aux oiseaux. Mais ils
ne les ramassaient pas. Quelquefois je leur jetais des pensées amicales.
Elles glissaient au milieu d’eux et ils ne s’en apercevaient pas.

Dans ce vieux, ce très vieux jardin, il y avait une fontaine pleine de
jeunesse. Ils se détournaient en passant près d’elle et jamais ils
n’allaient y boire.

Dans ce vieux, ce très vieux jardin, je cheminais au milieu des morts.
Je les entendais s’éloigner quand je rentrais dans ma maison. Et il m’a
fallu beaucoup de temps pour comprendre à quel point je leur
ressemblais.

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