
Fagus — Anarchiste et catholique, employé de préfecture et poète

1872 — 1933
Passant : j’ai fait Psyché, puisant là ma substance,
Anthinéa, L’Étang de Berre, Inscriptions,
Et Le Chemin de Paradis, pour l’excellence
Du parler précellant sur toutes nations.
Épitaphe
Il s’appelait Georges Faillet. Fagus est le nom latin du hêtre, et c’est aussi un jeu sur son propre nom : celui qui faillit, celui qui manque.
Il a été employé à la préfecture de la Seine pendant trente ans, anarchiste militant dans sa jeunesse, converti au catholicisme le plus intransigeant, et l’un des critiques les plus sûrs de son temps — c’est lui qui, en 1901, a écrit le premier article sérieux sur un jeune Espagnol nommé Picasso.
Un érudit en formes fixes
Sa poésie est un atelier de vieilles formes : ballades, rondeaux, épitaphes, chansons farcies « à la façon de nos pères », double rondeau fleuri, sonnet dont il raconte l’invention.
Ce n’est pas de l’archaïsme décoratif. Il pensait que la langue française avait culminé avant le classicisme et qu’on lui avait fait perdre, avec Malherbe, une souplesse qu’il fallait aller rechercher. Toute son œuvre est cette recherche-là.
L’insulte comme genre
L’autre versant est polémique, et il y excellait : « Imprécations à un lâche transfuge », « Sur un pied d’âne », les épigrammes contre les confrères. Il avait la rage exacte, celle qui vise et qui touche.
À côté, des pièces d’une douceur inattendue — « Noël breton », « Prière à la très sainte Vierge », « Chanson du chèvrefeuille » — et une longue série d’adresses à ses amis : Moréas, Muselli, Le Cardonnel, Debussy quand on l’a décoré.
C’est un homme qui écrivait à ses contemporains, littéralement.
1933
Le 9 novembre 1933, il traverse une rue de Paris et se fait renverser par un camion. Il meurt à soixante et un ans, à peu près inconnu du grand public et tenu en très haute estime par ceux qui savaient.
Choix de textes
- Épitaphe — Il écrit la sienne en énumérant les livres d’un autre. La blague est double.
- Ballade du pauvre bougre — La ballade de Villon, reprise cinq siècles plus tard sans une bavure.
- Invention du sonnet — Un poème sur la naissance d’une forme, par quelqu’un qui les connaissait toutes.
- Imprécations à un lâche transfuge — La rage exacte, celle qui vise et qui touche.
- Chanson farcie à la façon de nos pères — Le mot « farcie » est technique : il savait de quoi il parlait.
- Noël breton — La douceur inattendue chez un homme d’invectives.
- Prière à la très sainte Vierge — L’ancien anarchiste, converti et sans une once d’ironie.
- À Jean Moréas — Il écrivait à ses contemporains, littéralement.
- Pour Claude Debussy décoré — Un poème de circonstance pour une Légion d’honneur. Le genre existait.
- Pour l’anthologie des écrivains morts à la guerre — 1914-1918, et une génération entière de poètes disparue.
Pour le lire
Ixion (1903) · La Danse macabre (1920) · Le Clavecin (1928) — un atelier de formes fixes anciennes.
Testament de ma vie première (1898), sous le nom de Georges Faillet.
Son article de 1901 sur Picasso est le premier texte critique sérieux consacré au peintre.
Guillain Méjane























