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Le souvenir caricatural – Maurice Magre

Le souvenir caricatural – Maurice Magre

O souvenirs! La nuit était chaude et malsaine,
D’électriques chaleurs rôdaient près des maisons.
Par la fenêtre entraient de vivantes haleines
Et je me suis penché dans l’air plein de poisons.

Alors, j’ai vu venir le cortège bizarre.
Des eunuques avec des manteaux byzantins.
Puis des hommes fardés qui portaient des simarres
Et des jupes, couverts d’ornements féminins.

Des nègres solennels élevaient une châsse
Vers le ciel et je vis sous le verre en couleurs
Une grotesque idole en cire dont la face
Pleurait du sang. Un stylet d’or trouait son cœur.

D’énormes talismans, des formes priapiques,
Un Bouddha de bois peint, vivant et grimaçant,
D’exsangues chérubins aux ventres hydropiques,
Des vieillards aux virilités d’adolescents…

Toute nue au milieu marchait la bien-aimée,
La splendide aux seins droits, sous ses torsades d’or…
Mais horreur! Elle avait la taille déformée,
Des seins hideusement gonflés, des genoux tors….

Cette perfection, cette splendeur suprême
Était un corps rempli de rougeurs et de trous,
Et seul les yeux divins étaient restés les mêmes
Comme deux diamants perdus dans un égout.

Un perroquet juché sur son épaule gauche
Battait des ailes et la frappait de son bec.
Un être au teint parcheminé par la débauche
Derrière, dans sa chair enfonçait son doigt sec.

Une vieille en haillons qui tenait une torche
Ricanait et parfois lui roussissait les reins.
Et les lanternes clignotaient et sous les porches
S’esclaffaient le mendiant, la fille de l’assassin.

«Je t’aime, ai-je crié, toi l’unique et la pure!»
Les bras tendus vers l’idéal martyrisé.
Mais le ciel descendait comme pour l’écraser…
O souvenirs! O morts vivants! Caricatures!…

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