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Les belges et la lune – Charles Baudelaire

Les belges et la lune – Charles Baudelaire

On n’a jamais connu de race si baroque
Que ces Belges. Devant le joli, le charmant,
Ils roulent de gros yeux et grognent sourdement;
Tout ce qui réjouit nos cœurs mortels les choque.

Dites un mot plaisant, et leur œil devient gris
Et terne comme l’œil d’un poisson qu’on fait frire;
Une histoire touchante: ils éclatent de rire,
Pour faire voir qu’ils ont parfaitement compris.

Comme l’esprit, ils ont en horreur les lumières;
Parfois, sous la clarté calme du firmament,
J’en ai vu qui, rongés d’un bizarre tourment,

Dans l’horreur de la fange et du vomissement,
Et gorgés jusqu’aux dents de genièvre et de bière,
Aboyaient à la lune, assis sur leur derrière!

Épitaphe pour L’atelier de M. Rops,
Fabriquant de Cerceuils a Bruxelles

Je rêvais, contemplant ces bières
De palissandre et d’acajou,
Qu’un habile ébéniste orne de cent manières;
Quel écrin, et pour quel bijou!

Les morts ici sont sans vergogne.
Un jour des cadavres flamands
Souilleront ces cercueils charmants.
Faire de tels étuis pour de telles charognes!

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