
William Turner
Tout commence ici par une nuit en mer. Pêcheurs en mer (1796) est la première peinture à l’huile que Turner expose à la Royal Academy : une barque au large des Needles, sur l’île de Wight, la lune et ses reflets sur l’eau, un contraste appuyé entre l’ombre et la lumière. Saluée par la critique, la toile installe d’un coup la réputation du jeune homme, fils d’un barbier-perruquier de Covent Garden, comme peintre à l’huile et peintre de marine. À partir de cette année-là, il expose à la Royal Academy chaque année, jusqu’à la fin de sa vie.
Le mur suit ce fil sur un demi-siècle, jusqu’en 1844, et il est presque tout entier fait d’eau et de ciel. Les clairs de lune reviennent souvent : Clair de lune, étude à Millbank (1797), Le phare d’Eddystone dans la tempête, sous la pleine lune (1813), Clair de lune sur la lagune (1840). Puis les couchants prennent la place : Coucher de soleil sur l’eau (1828), Le coucher de soleil écarlate (1830), Soleil couchant sur un lac (1840). On mesure le chemin parcouru. Après le voyage en Italie de 1819, Turner quitte une représentation réaliste pour des toiles de plus en plus lumineuses, où la forme se dissout dans la couleur. Contrairement aux impressionnistes, dont on a fait de lui le précurseur, il peint rarement sur le motif : il recompose en atelier les nuances d’un paysage, aidé d’une grande mémoire des couleurs. Le Castel dell’Ovo à Naples, avec Capri au loin date de 1819, l’année même de ce premier séjour italien.
Sur le site, ces ciels trouvent des voisins inattendus : Le coucher de soleil écarlate accompagne L’Hymne de la Nuit de Lamartine et Tristesse de Musset, Clair de lune, étude à Millbank les Fantaisies d’hiver de Gautier.
Le deuil et la vapeur
Deux toiles tardives méritent qu’on s’y attarde. Paix (1842) figure les funérailles en mer de son ami le peintre David Wilkie ; ses noirs saturés et son exécution jugée trop peu finie lui valurent les reproches de la critique. Pluie, vapeur et vitesse – le Great Western Railway (1844) montre une locomotive lancée sur le pont de Maidenhead, au-dessus de la Tamise : une image du progrès et de l’industrie moderne, peinte par l’un des rares artistes de son temps à s’intéresser au train. Ici, elle illustre Une Ruelle de Flandre de Marceline Desbordes-Valmore.
Il manque à ce mur les grandes pages d’histoire, Hannibal et son armée traversant les Alpes ou La Bataille de Trafalgar, et Le Dernier Voyage du Téméraire, sa peinture la plus célèbre, qu’il refusa de vendre pour la léguer à la nation. Il manque aussi les aquarelles, qui lui valurent le surnom de « peintre de la lumière ». Les ciels de cette salle suffisent pourtant à entendre les derniers mots qu’on lui prête : « Le soleil est Dieu ».

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Pour aller plus loin
- Turner, le sublime héritage, Hazan, 2024
- Turner, Hazan, 2021
- Turner et la couleur, Hazan, 2016
Guillain Méjane



















