
Plaisirs du sultan – Maurice Magre

Le sultan énervé, las des femmes trop grasses
Du harem, des soldats dormant sous leur cuirasse,
Des eunuques trop laids et des chiens assoupis,
S’est fait porter avec ses bonbons, ses tapis,
Son narguilé d’argent et ses flacons de rose,
Dans la cour du palais que le soleil arrose.
Quatre nègres géants dont le torse est bombé
Font luire autour de lui leurs sabres recourbés.
Il s’ennuie, il a froid, il est triste de vivre…
Il fait venir la vierge aux beaux cheveux de cuivre,
Pareils à du feu chaud tressé sur un front pur.
Les nègres saisissant ce corps pétri d’azur
Lui fendent les poignets et pendant qu’elle crie
Versent le sang sur un plateau d’orfèvrerie.
Le sultan trempe alors ses mains languissamment
Dans le sang tiède et voit au fond des yeux charmants
De la vierge, la mort venir des veines vides…
Les sabres recourbés ont quatre éclairs splendides,
Le soleil brûle et le sultan clignant des yeux
Sur le corps étendu jette un grand velours bleu…























