
Par un beau jour de grande fête – Vasile Alecsandri

Par un beau jour de grande fête,
Se levait un soleil radieux
Qui répandait la joie dans le monde
Et le couvrait d’un voile d’or.
Les cloches sonnaient à grandes volées ;
Les clochers tremblaient sur leur base.
Les étalons couverts d’écume
Mordaient leur frein d’impatience ;
Les drapeaux se dressaient dans l’air,
Puis s’inclinaient respectueusement ;
C’est que soudain venait d’apparaître,
Brillant comme un second soleil,
Le prince Étienne, le Glorieux,
Le prince de Moldavie, l’Invincible,
Qui montait à cheval lestement,
Et, suivi d’un immense cortége,
Partait de la cour de son palais
Pour se rendre à l’église de Vasloui.
Quand il fut près de l’entrée du temple,
Il entendit retentir au loin
Une voix humaine qui disait :
« Hay, ho, hay ho Boourean !
« Trace un sillon sur le plateau. »
À ce cri le grand prince Étienne
Arrêtait son coursier sur place,
Et désignant cinq de ses pantziri,
Il leur parlait ainsi de sa bouche :
« Avez-vous entendu comme moi,
« Une voix de Roumain dans la plaine ?
« Partez ; découvrez-le en un clin-d’œil
« Et soyez de retour ici avec lui. »
Les cinq pantziri partaient sur l’heure ;
Ils remontaient le cours du Vasloui
Et apercevaient bientôt sur une colline
Un Roumain qui labourait à grand’peine
Et traçait des sillons sur la colline
Pendant que sa voix parlait aux bœufs :
« Hay ho, hay ho, Boourean !
« Trace un sillon sur le plateau. »
Les pantziri descendaient de cheval ;
Ils enchaînaient le pauvre Roumain
L’amenaient dans la ville de Vasloui
Et le conduisaient devant le prince :
— « Sois sans peur, pauvre Roumain ;
« Dis-nous quel est ton nom ? »
— « Je suis sans peur, car je suis Roumain !
« Je suis sans peur, car tu es mon maître,
« Tu es Étienne, le grand Étienne,
« Qui n’a pas son pareil au monde,
« Et moi je suis Choïman Bourtchel,
« Guerrier et brave d’élite. »
— « Longue vie à toi, puisque tu es sans peur.
« Mais confesse-nous la pure vérité :
« Comment as-tu osé commettre le péché
« De te livrer aux travaux du labour
« Justement un jour de grande fête,
« Justement à l’heure sacrée de la prière ? »
— « Prince ! je mets la main sur mon cœur,
« Et jure de te dire vérité.
« Avant d’être ce que je suis… un laboureur,
« J’avais un superbe étalon
« Et une massue formidable
« Hérissée de gros clous pointus,
« Laquelle, quand je la brandissais,
« Écrasait huit ennemis à la fois
« Et laissait de larges vides dans leurs rangs.
« Hélas ! au temps où j’étais encore
« Un homme valide pour la guerre,
« J’ai abattu bien des ennemis ;
« Mon bras a brisé bien des têtes
« Et de Tatares et de Lithuaniens,
« Et de Hongrais orgueilleux ;
« Mais au combat de Resboeni
« La massue s’échappa de ma main
« Sous le coup d’un sabre païen ;
« Hélas ! elle ne tomba pas seule à terre,
« Ma main aussi tomba avec elle
« À côté du païen qui tomba.
« Depuis lors je ne sais plus que devenir,
« Car je suis resté pauvre et invalide ;
« Je n’ai ni maison, ni charrue,
« Ni jeunes bœufs à mettre au joug.
« Vainement j’ai prié, et encore prié
« Tous les riches habitants du village
« De me prêter une charrue pour une heure,
« Afin de labourer un coin de terrain ;
« Pendant six jours, je les ai suppliés
« Sans qu’ils fissent attention à moi.
« Alors, prince, j’ai quitté le village
« Et suis allé trouver mon frère ;
« Il m’a prêté sa charrue aujourd’hui,
« Et j’ai commencé aujourd’hui mon labour,
« Car l’homme pauvre n’a pas place au soleil ;
« Il n’a point, hélas ! de jour de fête,
« Mais rien que des jours de labeur ! »
Le prince Étienne l’écouta en silence ;
Puis il parla ainsi :
« Bourtchel, mon cher brave,
« Voici ce que je décide pour toi :
« Prends une de mes charrues à six bœufs
« Pour t’en aller riche de chez nous.
« Prends la colline en toute propriété
« Pour avoir du terrain à labourer.
« Mais tu te posteras à son sommet
« En sentinelle vigilante,
« Et à la vue des hordes de Tatares
« Qui envahiraient le pays,
« Tu crieras de toute la force de ta voix :
« Alerte ! Étienne, aux frontières !
« Alerte ! voici l’ennemi…
« À ta voix, à ton cri de guerre
« Je me lancerai comme un zméou,
« Et du Tatare sur la terre moldave
« Il ne restera pas même une trace. »
Mindru ciobanel
Tras pintr’ un inel ;
Perișorul luĭ,
Pana corbuluĭ ;
Mustețĭoara luĭ
Spicul griuluĭ ;
Ochișoriĭ luĭ
Mura cămpuluĭ ;
Fețișoara luĭ
Spuma lapteluĭ.
Un beau petit berger
Tiré par une bague ;
Ses gentils cheveux,
Plume de corbeau ;
Sa fine moustache,
Épi du blé ;
Ses gentils yeux,
Mûres des champs ;
Sa gentille figure,
Écume du lait.
Nani-nani copilas,
Dormĭ cu mama, angeras,
Ca mama te-a legana,
Si mama te-a saruta,
Si mamuca țĭ a canta
Nani-nani, nani-na, etc.
Nani-nani, petit enfant,
Dors, cher ange, près de ta maman,
Car ta maman te bercera
Et ta maman t’embrassera
Et ta maman chantera
Nani-nani, nani-na… etc.
Dormi, dormi nel mio seno
Dormi, o ! mio fior Nazareno,
Il mio cor culla sara,
Fa la nina-nana na.
Astfel murgul meŭ fugea
Vaile s ’e limpiḍea.
Tellement le cheval fuyait,
Les vallées se liquéfiaient.
Domnule, măria ta
Tu pe Greci nuĭ asculta
Că cĭ capul ți-or manca
Grecu ’ĭ fiară veninoasă,
Grecuĭ boală lipicioasă
Ce patrunde păn la oase.
Altesse princière
N’écoute pas les Grecs,
Car ils mangeront ta tête.
Le Grec est un serpent venimeux
Le Grec est un fléau contagieux
Qui pénètre jusqu’aux os.






















