
Les vivants – Pierre Quillard

Agnus Dei qui tollis peccata mundi
dona eis requiem.
Seigneur, Seigneur, Seigneur, impitoyable maître,
Nous sommes las des jours et des soleils maudits:
Epargne aux délivrés l’horreur du paradis,
Laisse les morts dormir en paix et ne plus être.
Tant de clous ont percé leurs membres ici-bas
Que nul flot baptismal rédempteur de leurs peines
Ne laverait les maux et les douleurs humaines
Et que ton repentir ne leur suffirait pas.
Ils entendraient, au lieu des sublimes cantiques
Flottant parmi l’encens des lys épanouis,
Monter de l’Océan tumultueux des nuits
Le râle inexpié des souffrances antiques;
Rumeur d’airain, sanglot cruel d’un tympanon
Dont une main haineuse a secoué les cordes,
Le souvenir rirait de tes miséricordes,
La voix de tes élus blasphémerait ton nom.
Roi du ciel, reste seul dans ta gloire exécrée
Formidable, sereine et libre de remords;
O bourreau des vivants, ne touche pas aux morts,
Et quand viendra pour nous la suprême vesprée,
Quand les vers rongeront les os de nos genoux,
Accorde à notre chair en tardive clémence
Non les vaines clartés, mais l’ombre, le silence,
Le sommeil et l’oubli de toi-même et de nous.























