
Caspar David Friedrich
Un homme de dos, minuscule, devant une mer presque noire, sous un ciel qui mange les trois quarts de la toile. Le moine au bord de la mer (1808) ouvre cette petite salle et en dit l’essentiel : chez Caspar David Friedrich, le paysage n’est pas un décor, c’est une épreuve. « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit en face de lui, mais aussi ce qu’il voit en lui », disait-il.
Né en 1774 à Greifswald, au bord de la Baltique, il perd enfant sa mère, deux sœurs et un frère, noyé dans cette même mer. La nature et la mort resteront ses deux sujets. Formé à l’Académie de Copenhague, il s’installe en 1798 à Dresde, où il vivra jusqu’à sa mort en 1840. Quand ses contemporains partent pour l’Italie, lui refuse : il craint que la lumière méditerranéenne ne défasse ce qu’il cherche, un paysage du Nord chargé d’esprit. Le sculpteur David d’Angers, visitant son atelier en 1834, eut ce mot : « Cet homme a découvert la tragédie du paysage. »
Les cinq toiles accrochées ici couvrent presque toute sa vie de peintre. Après le moine viennent deux Soir, l’un de 1809, l’autre de 1826, peint l’année où la maladie commençait à l’isoler de ses amis : dix-sept ans d’écart, la même heure où la lumière se retire. Dans la forêt (1814) ferme l’horizon au lieu de l’ouvrir. Nuages à la dérive (1820) ne montre presque plus rien que le ciel en mouvement.
Le site a trouvé à ces toiles des compagnons inattendus. Dans la forêt accompagne l’Hymne du matin de Lamartine, qui aurait pu être écrit devant elle. Le premier Soir veille sur la Rhénane d’automne d’Apollinaire, un poème rhénan de Toussaint, peuplé de morts. Et les Nuages à la dérive passent au-dessus d’un Verlaine, Oui tu m’inspires. Le romantisme de Friedrich, qui voulait réconcilier l’infini avec l’état d’âme, y trouve ses lecteurs naturels.

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Pour aller plus loin
- Caspar David Friedrich, Hazan, 2020
- Caspar David Friedrich, 1774-1840, Terre en vue éditions, 2016
Guillain Méjane



















