
L’année approche enfin de son heure dernière – Alice Véga

L’année approche enfin de son heure dernière ;
Le soir vient ; j’ai rangé la chambre où le feu luit,
Mais la porte est ouverte et sur le seuil de pierre
S’allonge l’ombre de la nuit.
Vous rassemblerez-vous autour de ma lumière,
Ô vous vers lesquels mon cœur fuit ?
J’ai peur ; le vent de mer gémit dans la ramure
Des pâles oliviers, des pins et des cyprès ;
En moi saigne toujours la profonde blessure
Des remords et des vains regrets.
Parlez ; que votre voix céleste me rassure,
Vous qui savez tous les secrets.
Je vous ouvre mon âme ainsi que ma demeure :
Rien n’est voilé pour vous, amis ; rien n’est fermé,
Ne m’abandonnez pas en ce jour, à cette heure,
Où, sous l’effort accoutumé,
Découragé, le plus vaillant faiblit et pleure,
Lorsqu’il ne se sent-pas aimé.
Voici sous vos portraits, dans une coupe claire,
Violettes de pourpre et narcisses de miel,
Œillets légers parés d’un brin de capillaire :
Voici pour vous l’essentiel,
Mon amour… car mes fleurs peuvent-elles vous plaire,
Vous qui cueillez les fleurs du ciel ?
Mais quoi !… Vous êtes là déjà ; je vous devine…
Vers ma douleur déjà, vous vous êtes penchés,
Vous m’entourez comme une influence divine…
Lentement, vous vous approchez :
Sur le sommeil d’un fils, la mère ainsi s’incline,
Attentive à ses pleurs cachés.
Vous êtes là, présence invisible et vivante,
Et mon cœur se réchauffe à vous sentir si près.
Qu’importe maintenant qu’il neige, pleuve, ou vente,
Que gémissent les noirs cyprès ?
Vous avez entendu ma prière fervente,
Vous avez vu que je pleurais.
Amis, l’amour est fort et jamais il n’oublie ;
L’ardente foi, de l’apparence et des instants
A triomphé. Quelqu’un répond quand je supplie ;
Ce n’est pas en vain que j’attends,
Et rien n’a pu briser la chaîne qui nous lie
Par delà l’espace et de temps.
Vous m’attirez, ô radieuse multitude !
Chaque heure en s’écoulant me rapproche de vous ;
Ce qui charme mon deuil, ma nuit, ma solitude,
Ce ne sont pas des rêves fous,
Mais une bienheureuse et forte certitude,
Un pressentiment sûr et doux.
Si votre voix connue et pleine de clémence
M’appelle à l’horizon vers un but surhumain,
L’aube de l’an nouveau comme un espoir immense
Blanchira le rude chemin .
Qui sous mes pas sans cesse tourne et recommence,
Et je lui sourirai demain.






















