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Le dernier spasme – Maurice Magre

Le dernier spasme – Maurice Magre

Comme ils avaient compris le sens de la comète,
De l’épaisseur de l’air et du trouble des eaux
Les jeunes gens, hantés de luxures secrètes,
Entrèrent en courant dans le parc du château.

Déjà des craquements sortaient du creux des arbres,
Les lévriers pâmés hurlaient sur les gazons…
La chaleur partageait les vasques et les marbres
Et la mort répandait sa forte exhalaison…

Ils sautèrent soudain sur les trois jeunes filles,
Ils les prirent contre eux avec de fortes mains
Et foulant le parterre et franchissant la grille
Bondirent à cheval en les tenant aux reins.

L’horreur embellissait les trois nobles visages,
La lutte dessinait la ligne des corps purs.
Sur les portes, des gens criaient à leur passage…
Mais déjà des éclairs zébraient d’or les azurs…

La cavalcade alla jusqu’aux forêts prochaines.
Là, les déshabillant, leur broyant les genoux,
Les hommes en fureur sous les ombres des chênes
Prirent les trois enfants aux corps minces et doux.

Car ils ne voulaient pas entrer dans le silence
Sans percer de leur cri de plaisir les cieux lourds.
Ils désiraient connaître en mourant la puissance
De la vie, éclater de jeunesse et d’amour.

Mais déjà les oiseaux tombaient comme des pierres,
Les chevaux étaient morts debout, tous les tocsins
Hurlaient dans la soirée aux verdâtres lumières…
Eux, pensaient seulement à la forme des seins…

Ils apprenaient le rythme essentiel du monde.
Le plaisir à présent devenait mutuel
Et la terre en cassant ses vertèbres profondes
Leur donnait un nouvel aliment sexuel.

Les jeunes filles par l’étreinte ravagées
Gémissaient et serraient les hommes sur leurs flancs.
Les dents marquaient les cous et les lèvres mangées
Entre elles se buvaient intarissablement.

La mer se souleva, les montagnes flambèrent
Le ventre de la terre eut des bruits de canon…
Sortis des profondeurs des monstres émergèrent
Les peuples affolés devinrent des charbons…

De hauts vaisseaux lancés par des ras de marée
Allèrent s’enfoncer au milieu des labours…
Le fleuve fou roula sur la ville égarée…
Les amants demeuraient l’un sur l’autre toujours…

La lune se fendit dans le ciel de désastre…
Des geysers de feu par milliers jaillissaient…
Mais sous la lave en flamme et sous les morceaux d’astre,
Les amants enlacés toujours se possédaient…

Et plus haut que le jet des volcans gigantesques,
Dans le chaos et les éthers carbonisés,
Arrêtant les soleils dans leur folle arabesque
Monta le dernier spasme et le dernier baiser…

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