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Alfred de Musset — L’enfant terrible qui a vieilli avant tout le monde

Alfred de Musset — L’enfant terrible qui a vieilli avant tout le monde

1810 — 1857

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Tristesse

Il a écrit cela à trente ans. Il lui restait dix-sept ans à vivre, et il avait raison sur tout.

À vingt ans, il était le prodige du romantisme : beau, insolent, reçu partout, capable d’écrire en une nuit ce que les autres mettaient un an à faire. À trente, il était un homme fini qui buvait.

La Ballade à la lune

En 1829, à dix-neuf ans, il publie Contes d’Espagne et d’Italie et scandalise le Cénacle avec quatre vers : « C’était, dans la nuit brune, / Sur le clocher jauni, / La lune, / Comme un point sur un i ».

Comparer la lune à un point sur un i, cela ne s’était jamais fait. On a crié à l’irrespect ; c’était de l’insolence, et c’était surtout la preuve qu’il voyait juste. Le romantisme prenait déjà des poses, et lui refusait d’y entrer.

Venise

En 1833 il part en Italie avec George Sand. Il y tombe malade, elle le soigne avec un médecin vénitien dont elle devient la maîtresse, il rentre seul. Toute la France a lu cette histoire et chacun a pris parti.

Il en est sorti Les Nuits, et l’idée — qui a fait beaucoup de mal à la poésie française — que la souffrance est un matériau. Chez lui elle l’était vraiment, ce qui est différent.

Ce qu’il faut lire malgré la légende

Le théâtre, d’abord : Lorenzaccio, On ne badine pas avec l’amour, Les Caprices de Marianne. Le Vagabond en garde plusieurs actes, et l’on y voit qu’il écrivait la conversation mieux que personne au XIXe siècle.

Et les pièces courtes : « À Juana », « Madrid », « L’Andalouse », « Suzon », « Le Lever ». Il y a là une légèreté vraie, sans une once de pose, qu’on lui refuse parce qu’on préfère le Musset qui pleure.

Académie française en 1852, mort à quarante-six ans d’une insuffisance cardiaque aggravée par l’alcool.

Choix de textes

  • Tristesse — Le sonnet du bilan, écrit à trente ans. Il ne s’est trompé sur rien.
  • Ballade à la lune — « Comme un point sur un i. » Le scandale de 1829, et il avait raison.
  • Venise — Écrit avant le voyage. La ville rêvée, encore intacte.
  • Madrid — L’Espagne d’un garçon de dix-neuf ans qui n’y était jamais allé, et c’est délicieux.
  • L’Andalouse — La chanson pure, sans une once de pose. On la lui refuse encore.
  • Suzon — Trois strophes, une servante, et rien à démontrer.
  • Allégorie du pélican — De La Nuit de mai : le poète qui nourrit les autres de sa chair.
  • À la mi-carême — Le carnaval, et l’homme qui s’ennuie au milieu de la fête.
  • Sonnet — Que j’aime le premier frisson d’hiver — Le Musset tardif, plus sec et beaucoup plus fort qu’on ne le dit.
  • Acte premier — Du théâtre en vers : il écrivait la conversation mieux que personne.

Pour le lire

Poésies complètesContes d’Espagne et d’Italie (1829), Les Nuits (1835-1837), Poésies nouvelles.

Lorenzaccio (1834) · On ne badine pas avec l’amour (1834) · Les Caprices de Marianne (1833).

La Confession d’un enfant du siècle (1836) — le roman de l’affaire vénitienne.

Guillain Méjane

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