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Poème 215 – Pierre de Ronsard

Shields, sur la Tyne, William Turner (1823)

Tableau : Shields, sur la Tyne, William Turner, 1823

Cet oeil besson dont, goulu, je me pais,
Qui fait rocher celui qui s’en aprouche
Ore d’un ris, or d’un regard farouche
Nourrit mon coeur en querelle & en pais.
Par vous, bel oeil, en soufrant je me tais,
Mais aussi tôt que la douleur me touche,
Toi belle, sainte, & angelique bouche,
De tes douceurs revivre tu me fais.

Bouche pourquoi me viens-tu secourir,
Quand ce bel oeil me force de mourir?
Pourquoi veus-tu que vif je redevienne?

Las! bouche, las! je revis en langueur,
Pour plus de soin, afin que le soin vienne
Plus longuement se paitre de mon coeur.

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