
Issaak Levitan
« En comparaison des laborieux peintres de paysages, que j’ai vus hier, Levitan est un roi. » C’est Anton Tchekhov qui l’écrit, au printemps 1891, lors de son premier séjour en France, avec l’ironie qu’on lui connaît. Les deux hommes se sont rencontrés à Moscou en 1880, par l’intermédiaire du frère aîné de l’écrivain, Nikolaï, qui fréquentait la même école de peinture. Levitan passait souvent l’été chez les Tchekhov à Melikhovo, s’inspirait des lieux pour ses toiles, et l’on a pu dire qu’il illustrait les descriptions de nature de son ami, celles de La Steppe notamment.
Tout, pourtant, commence dans le dénuement. Né en 1860 dans un shtetl des environs de Wirballen, dans une famille juive cultivée mais pauvre, installé à Moscou au début des années 1870, Levitan perd sa mère en 1875 et son père en 1877. L’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou, où il est entré en 1873, le dispense de frais, « vu son extrême pauvreté et en tant qu’élève extrêmement doué pour les arts ». En 1876, il rejoint l’atelier d’Alexeï Savrassov, qui prêche le travail en plein air et fait connaître à ses élèves l’école de Barbizon et Corot, que Levitan aime particulièrement. Il rejoindra les Ambulants, le courant réaliste russe, et enseignera à son tour le paysage à partir de 1898.
Les heures inquiètes
Hormis une toile plus ancienne, le mur se concentre sur la dernière décennie de sa vie, de 1890 à 1899. Autour de Bordighera (1890) garde la trace du voyage en France et en Italie de 1889-1890. Pour le reste, c’est le paysage à ses heures inquiètes : Avant l’orage (1890) et Jour d’orage (1897), Brouillard sur l’eau (1895), puis les soirs, Au pavillon d’été, au crépuscule, Paysage au clair de lune (1895), Crépuscule, lune (1898). Mettez côte à côte les deux orages, peints à sept ans d’écart, puis les trois soirs : c’est là que ce mur se regarde le mieux.
L’année 1895 revient souvent sur ce mur. C’est aussi celle où Levitan, en proie à une grave dépression, tente de se suicider ; Tchekhov vient alors le voir. Rien de cela ne se lit directement dans ces paysages, mais leur mélancolie prend un autre poids quand on le sait. Il souffrait depuis toujours du cœur, et il meurt dans son atelier moscovite en 1900, peu après avoir peint La mer sur les côtes de Finlande et Le sentier dans les bois (1899). Sur le site, la première accompagne Les Brumes d’Édouard Pailleron.
Ne cherchez pas ici Monastère silencieux, Appel du soir ni Eaux profondes : ces toiles ne sont pas accrochées sur ce mur. On y trouve en revanche des Lilas (1893), et un Feu de camp (1895) qui accompagne ici Il ne répond même plus de Jean Tardieu.

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