Sur les grèves – Marie Krysinska
À plein souffle respirante
D’un sein puissant et dispos
La mer, alerte, accourt à l’assaut
De la grève nonchalante.
Son dos rampe, onduleux,
Comme d’un beau reptile, vert et bleu,
Aux écailles irisées.
Puis, le reflux l’emporte, avec un bruit léger
De jupes effarouchées,
Dont la fuite éparpille sur le rivage
Les traînes en dentelles
Brodées de coquillages
De blanches visions
Sautent dans le flot
Comme des nymphes, s’ébattant,
Avec des rires nerveux.
Auraient-elles surpris, apportés par l’écho,
Des pas de faunes, approchant,
Lascifs et curieux ?…
Ce matin, la mer
Est comme un désert,
Éclaboussé d’or et de vermeil ;
Où cheminent sans trêve
De lumineux cortèges
Faits d’écume et de soleil.
Vers quels fabuleux Orients
Tend la marche de ces pèlerins blancs ?
Quel espoir fait flotter
Leurs panaches de clartés ?
Puis ce sont d’éblouissantes caravelles,
Qui glissent intrépides
Sur l’abîme,
Vers quelle terre nouvelle ?
Et les plus proches vagues agitées
Bondissent comme de libres poulains
Au pelage de satin
Aux crinières envolées…
La mer, ce soir, est comme une lyre
Rayée de cordes souples par le vent
Et, sous le ciel troublé
De nuages lents,
Il semblerait que flotte un ample chant.
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Chante, onde sereine,
Chante pour bercer
Nos cœurs troublés
Par d’anciennes peines,
Par d’anciens orages.
Nos cœurs troublés
Comme ce ciel où voguent de lents nuages.
Les dernières lueurs du couchant
Se sont noyées dans la mer
Des pas se hâtent dans le vent
Vers les lumières
Familières
Qui naissent frileusement.
C’est l’heure
Où la mer fait peur.
Or, sur cette route aventureuse,
Voici partir la barque des pêcheurs,
Hardie et frêle, plongeant aux vagues creuses,
Et la vaste chanson de l’eau
Berce le départ des matelots
Comme le chant de l’espérance
Berce les jeunes cœurs embarqués sur les flots
D’une jeune vie qui commence.
À marée basse.
La mer s’est retirée à l’horizon lointain,
Dévoilant le sein nu de la grève,
Qui, telle une beauté que nul voile n’étreint
Paresseuse, sommeille — émue d’un joli rêve.
Que de trésors soudain révélés
Sur ce fond vierge !
Tantôt, du sable — précieusement ciselé
Par les vagues — une menue roche émerge
Enguirlandée d’algues — on dirait
Un petit temple sous-marin, par les tritons bâti,
Des lambeaux de goëmons
Traînent parmi
La nacre des coquillages.
Le sol, chauffé de soleil,
Est un riche tapis d’or blond ;
Dans l’air transparent flotte un arome sans pareil,
Enivrant et sauvage
Le ciel reflète dans la mer
Ses lueurs rouges, ses lueurs roses,
Ses lueurs pourpres — en chantante gamme.
On dirait des gerbes de roses, roulant
En avalanche, parmi des flots de sang : —
Ce qui resterait de quelque galant drame.
Le creux des vagues charrie
De flamboyantes pierreries
Grenats, rubis et coraux.
Colliers rompus, ceintures dénouées,
Bagues et diadèmes tombés
Du ciel, dans l’eau.