
Constantin Korovine
Un Moscovite amoureux de Paris la nuit. Constantin Korovine, né en 1861 dans une famille de négociants vieux-croyants, a vu la France pour la première fois en 1886 ; il y est revenu en 1892 et 1893, et l’impressionnisme l’a détourné du style sévère et réaliste des Ambulants, dont il fréquentera pourtant longtemps les expositions. Il finira ses jours à Paris, en 1939. Entre les deux, il aura surtout été homme de théâtre : décorateur attitré des théâtres impériaux et du Bolchoï, il travaille avec Stanislavski et reste plus de trente ans l’ami du chanteur Fédor Chaliapine.
Le mur couvre presque quarante ans, de 1890 à 1929, et il est avant tout parisien. Seules quelques toiles s’en écartent : Le port de Marseille (1890), la plus ancienne ; Roses et fruits (1899), une nature morte ; puis deux toiles russes d’avant la Révolution, Jetée à Gourzouf (1914) et Okhotino, septembre (1915).
L’année 1900 est ici une charnière. Korovine décore cette année-là le pavillon russe de l’Exposition universelle de Paris, qui lui vaut une médaille d’or et la Légion d’honneur. De cette même année datent Paris après la pluie et Paris la nuit, rue Lepic à Montmartre : la ville au sortir de l’averse, puis la ville éclairée, deux heures qu’il ne cessera plus de peindre. Paris, café de la Paix (1906) prolonge cette promenade dans la ville des grands boulevards.
Après la Révolution d’Octobre, Korovine s’emploie à sauver des œuvres menacées et organise des ventes au profit de prisonniers politiques. En 1923, il émigre en France. Les toiles des années 1920 forment le cœur du mur, et la nuit y revient sans cesse : Vue de Paris la nuit (1923), La tour Eiffel la nuit (1924), Paris la nuit (1925), puis Moulin-Rouge, Paris (1926). Regardez-les à la suite, comme une série : la même ville revient, reprise d’année en année par un exilé qui la connaissait depuis 1886. Sur le site, Vue de Paris la nuit accompagne Depuis cette terrasse de café de Fernando Pessoa, et le rapprochement tombe juste pour ce peintre des boulevards et des cafés.
En 1925, la galerie Bernheim-Jeune expose ses œuvres récentes sous le titre « La Riviera et Paris » ; en 1929, la galerie de Kolbert les réunit sous celui d’« Impressions de Paris ». Rue de Paris (1929), qui ferme le mur, est de cette année-là. Korovine est enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

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Guillain Méjane



















