
Vocation – Albert Giraud

Je fus longtemps, je suis encore cet enfant
Sans autre bouclier que sa fragile enfance,
Qui toujours plus enfant à peine se défend
De vous rendre en amour le poids de votre offense.
Dans quel poison lascif, dans quel miel doucereux,
Assassins caressants, trempez-vous donc vos armes ?
Car toujours plus enfant et toujours plus heureux,
Je dédie à vos fronts la gloire de mes larmes.
Je suis un espalier pour la soif et la faim
Des chercheurs de souffrance, et mes blessures fraîches,
Mangez-les, buvez-les, car je comprends enfin
L’ivresse des martyrs amoureux de leurs flèches.
O tout mon sang, toutes mes roses, mes sanglots,
Élancez-vous, ma chair ! vers les étoiles sourdes,
Et chantez mon enfance éternelle à longs flots,
Vous, les baisers futurs dont mes lèvres sont lourdes !
Soyez des inconnus, prenez-moi par la main :
Couronnez-moi de fleurs charmantes et funèbres,
Et, de vos robes d’or éclairant le chemin,
Conduisez-moi, pensifs, vers les bûchers célèbres !























