
Alexandre Macedonski — Le symboliste roumain qui a voulu conquérir Paris

1854 — 1920
De l’ombre des cheveux inondant un front pur
Fulgurent les yeux noirs de l’étrange tzigane,
Paradis étoilé dans un enfer obscur,
Fleurs de mal, dont le charme est divin et profane.
La tzigane
« Fleurs de mal » : la citation est explicite, et elle est en français dans le texte. Un poète roumain de Bucarest écrit Baudelaire dans la langue de Baudelaire, et il le fait bien.
C’est l’homme qui a introduit le symbolisme en Roumanie, et qui a passé sa vie à vouloir que la France s’en aperçoive.
Bucarest
Fils d’un général et ministre de la Guerre, il fonde à vingt-six ans la revue Literatorul, qui fait entrer Verlaine, Mallarmé et Baudelaire dans la littérature roumaine. Il en est le chef d’école, le polémiste et l’agité permanent.
Sa réputation ne s’est jamais remise d’une épigramme de 1883 contre le poète national Eminescu, alors interné. Le pays ne lui a pas pardonné, et le pardonne encore mal.
Les vers français
À partir des années 1890, il écrit directement en français et publie à Paris — Bronzes en 1897. Il espérait la consécration parisienne ; il a obtenu quelques articles polis.
Ce que le Vagabond réunit est ce versant-là, et il ne faut pas le prendre pour un exercice d’étranger. La langue est sûre, le vers est net, et les sujets sont ceux de son temps : la tzigane, le faune, le crépuscule romain, Paris comme cauchemar, la volupté.
Il y a aussi des épigrammes qui rappellent d’où il vient — « Épigramme sur le savon dit du Congo », « Épigramme sur un presse-papier », « Épigramme à une Altesse ». Le polémiste ne se repose jamais tout à fait.
Le Rondel
Son dernier livre, écrit en roumain, s’appelle Poema rondelurilor : trois cents rondels, forme fixe médiévale française, composés par un vieil homme aigri, pauvre et oublié, à Bucarest, pendant la guerre.
C’est aujourd’hui son chef-d’œuvre reconnu. Il est mort en 1920, quelques mois avant de le voir publié.
Choix de textes
- La tzigane — « Fleurs de mal » en français dans le texte. La dette est assumée.
- Paris cauchemar — La ville qu’il voulait conquérir, vue sans complaisance.
- Le faune — Après Mallarmé, et sans crainte de la comparaison.
- Crépuscule romain — L’Italie du poète roumain — la latinité était son argument.
- Volupté — Le grand mot du siècle, employé sans ironie.
- Avatar — La métamorphose, chez un homme qui a changé de langue.
- À un déclassé — Il s’adresse à un raté. On peut se demander à qui.
- La chaumière — Le motif rustique roumain, passé au français.
- Le voyou — La figure des bas-fonds, sujet qu’il traite mieux que ses maîtres.
- Épigramme sur le savon dit du Congo — Le polémiste ne se repose jamais tout à fait.
Pour le lire
Bronzes (Paris, 1897) — les vers français, réunis ici.
Fondateur de la revue Literatorul (1880), qui fit entrer le symbolisme en Roumanie.
Poema rondelurilor (1927, posthume) — trois cents rondels, aujourd’hui son chef-d’œuvre reconnu.
Guillain Méjane























