
La Chaumière – Alexandre Macédonski

Contre le haut rocher s’abrite une chaumière,
Le lilas y fleurit les sombres alentours ;
Jadis ce fut un nid d’amour et de lumière,
Berceau rose où chantaient d’heureux et tendres jours.
Contre le haut rocher s’abrite une chaumière.
Ainsi qu’un cercueil vide elle entrouvre sa porte
Que le vent fait crier tristement sur ses gonds,
Et paraît regarder de son regard de morte
Par le sentier qui mène au loin dans les vallons…
Ainsi qu’un cercueil vide elle entrouvre sa porte.
Le lierre grimpe encore aux appuis des fenêtres,
Et flotte sur les murs à la vigne enlacé,
Tels deux amants fondraient en un seul leurs deux êtres
Et vibrants de bonheur, nargueraient le passé… —
Le lierre grimpe encore aux appuis des fenêtres.
Sous un souffle léger un vieux rideau s’agite
Dont une vitre terne ébauche le contour ;
Ce souffle paraît être une âme qui palpite,
Triste et vague reflet d’un fantôme d’amour… —
Sous un souffle léger un vieux rideau s’agite.
Dors en paix pour toujours, chaumière désolée,
Nid charmant d’un bonheur éteint à peine éclos,
Aujourd’hui tout est mort, et la joie envolée
Jamais plus ne fera revivre cet enclos ; —
Dors en paix pour toujours, chaumière désolée.






















