
Avatar – Alexandre Macédonski

C’était au temps jadis, en la Rome d’Octave,
Je me souviens : c’était en Mai, l’an bi-sextil,
L’air était pénétré d’un arome subtil
Quand je vis des bleuets dans les yeux de l’esclave.
Vibrant, j’en aspirai le parfum volatil ;
Dans mon sang jeune et fier courut comme une lave,
Et de la fleur d’antan revit, toujours suave,
La trace du pollen que lança le pistil.
Ce fut dans un jardin enclos de blanches pierres,
Furtif, un clair rayon filtra sous les paupières
Où semblaient se mirer les blonds sphinx de Memnon,
Et bien que le lilas ait fleuri mes obsèques —
Voici deux mille ans près — Crétus était mon nom,
Et je portais tunique et toge à franges grecques.






















