
La Tzigane – Alexandre Macédonski

De l’ombre des cheveux inondant un front pur
Fulgurent les yeux noirs de l’étrange tzigane,
Paradis étoilé dans un enfer obscur,
Fleurs de mal, dont le charme est divin et profane.
Les seins, globes de bronze, impudiques et chastes,
Se soulèvent lascifs sous l’orage des sens,
Et prompts, de grands éclairs, dans les prunelles vastes,
Sombres zigzags de feu, passent éblouissants.
Son corps est ciselé dans un airain antique,
Vibrante de désirs le passé l’envahit,
Puis la névrose éclate autour d’elle, extatique,
Mirage étincelant qui leurre et qui trahit.
Hors du morne réel s’essore sa pensée,
De l’abîme du temps monte une vision,
Et dresse, fier et beau, devant l’âme angoissée,
Le hussard rouge, — exubérante éclosion.
Tel qu’aux jours de bonheur il l’approche, perfide,
L’enjôle de mots d’or, haletante et sans voix,
Et la suggestion, active cantharide,
La convulse domptée en dépit des émois.
Et c’est la priapée au dur rythme brutal…
Mais la chimère, hélas ! en aucun ne s’incarne,
Et vainement l’écho d’un nom instrumental
À vibrer dans son cœur incessamment s’acharne.






















