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À mon Démon familier – Renée Vivien

Paris après la pluie, Constantin Korovine (1900)

Tableau : Paris après la pluie, Constantin Korovine, 1900

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon !
Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes
Et qui te tiens debout dans la chambre et regardes,
Emporte-moi sur tes ailes de goëmon !

Tu règnes sur mon cœur implacable et suprême !
Que le vent de la mer nous emporte tous deux
Dans le divin mépris des courants hasardeux,
Ô toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime !…

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux,
De leurs propos mesquins, de leurs cœurs infidèles.
Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes
Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite,
Me voici faisant face à l’orage, à la mer…
Ô mon Démon, accours à ma voix, comme hier,
Et reconnais en moi ton Maître, le Poète !…

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