Sélectionner une page

Une ancienne mauvaise nouvelle – Maurice Magre

Une ancienne mauvaise nouvelle – Maurice Magre

O toi qui portes une lanterne au bout d’un bâton et un bouquet de
feuilles séchées, pourquoi viens-tu frapper à ma porte, annonciateur de
la mort? Je sais la nouvelle, elle vient de mourir, dans sa maison qui
est de l’autre côté de la ville, au bout d’une longue allée de
tamariniers.

Tu t’étonnes de ce que je dis, parce que l’événement vient de se
produire, parce que sa vie est partie il y a quelques minutes avec la
lumière qui baissait, parce que tu es le premier qui est sorti de sa
demeure pour inviter ceux qui l’ont connue à la pleurer. Vois-tu, c’est
que j’ai reçu des dieux le don de la clairvoyance.

Je l’ai vue déjà avec un visage muet et des yeux où il n’y a plus de
flamme, j’ai marché déjà dans la longue allée de tamariniers avec un
cœur désespéré et cette lanterne au bout d’un bâton s’est déjà agitée
pour moi sur mon seuil. Ah! l’aveugle est mille fois plus heureux que le
clairvoyant!

Il y a différentes manières de voir mourir ceux qu’on aime et la mort
que tu annonces, annonciateur de la mort, est bien loin d’être la plus
cruelle. Va, continue ta route. La nuit s’avance. Elle avait beaucoup
d’amis qu’elle chérissait mieux que moi et tu dois frapper encore à
beaucoup de portes. Il y a des années que je la pleure car je l’ai
perdue depuis longtemps.

Archives par mois