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Conquête – Lucie Delarue-Mardrus

Paris après la pluie, Constantin Korovine (1900)

Tableau : Paris après la pluie, Constantin Korovine, 1900

L’Afrique déboisée où l’orge est déjà grande
Balance en plein soleil un printemps vert amande.

Nous avançons le long d’une route sans fin
Où l’odeur des épis dans le vent donne faim.

Pour fermer le quadruple horizon des campagnes,
Il s’élève une tour de Babel de montagnes.

— Qui me dira pourquoi, loin du sol coutumier,
Mon cœur se gonfle ici comme un cœur de fermier ?

Pourquoi, devant la houle immense de cette orge
Et ces monts, je suis prise âprement à la gorge,

Pourquoi je sens, au fond de mon sang terrien,
Qu’en somme, et malgré tout, ce pays m’appartient ?

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