
Léon Spilliaert
On connaît surtout Léon Spilliaert pour les nuits de sa jeunesse : les digues d’Ostende désertes, les plages vides, les autoportraits creusés d’ombre, peints à l’encre de Chine et au lavis par un jeune homme qui errait la nuit dans sa ville balnéaire. Ce mur raconte une autre histoire. Il en garde quelques traces, mais il montre surtout le Spilliaert d’après, celui des arbres, que l’on expose peu.
Né à Ostende en 1881, fils d’un coiffeur-parfumeur de la rue de la Chapelle, il lit très jeune Nietzsche et Schopenhauer, passe quelques mois à l’Académie de Bruges en 1899 puis abandonne pour raisons de santé. À partir de 1902, il travaille pour l’éditeur Edmond Deman et fréquente les symbolistes belges : il illustre Verhaeren et le théâtre de Maeterlinck, et se sent proche de Mallarmé. Ses œuvres de jeunesse, où l’on a vu l’influence de Munch et de Khnopff, portent une mélancolie qui confine parfois à l’angoisse ; certaines touchent presque à l’abstraction, par des diagonales et des cercles concentriques.
Les deux toiles de 1900, Paysage aux arbres élancés et Faune au clair de lune, sont parmi les toutes premières : il avait signé sa première toile l’année précédente. Mais la pièce à regarder de près est Clair de lune et lumières (1909) : son titre seul résume ces années-là, la lune et les lumières de la ville balnéaire, telles que les voyait le promeneur nocturne. Le site l’a confiée, avec un sourire sans doute, à la Ballade des accents circonflexes de Maurice Mac-Nab.
En 1916, Spilliaert épouse Rachel Vergison ; son art s’apaise dans la vie de famille, et il se consacre surtout au paysage et à l’illustration. Presque tout le reste du mur appartient à ce Spilliaert-là, ou l’annonce : Paysage hivernal au lierre (1915), Printemps brabançon (1920), Le petit bois et Le petit bois d’Ostende (1922), Jeunes pousses parmi les arbres (1933), puis les œuvres des années de guerre, Arbres, blanc et noir et Ramures d’arbres (1941), Arbres dans l’inondation et Le parc (1944). Les troncs y remplacent les digues, mais la solitude demeure. Il y a quelque chose de juste à trouver Angoisse de Mallarmé, le poète qu’il aimait, sous Le parc, et Absences d’Éluard sous les arbres noyés.
La mer n’a pas disparu : Voilier au coucher du soleil (1922) et Solitaire sur la plage (1932) rappellent qu’il est retourné vivre à Ostende avant de se fixer à Bruxelles en 1935. Il meurt à Ixelles en 1946. Manquent ici les autoportraits de jeunesse et la plupart des nocturnes, ceux qu’on a pu rapprocher de la peinture d’Edward Hopper.

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- Léon Spilliaert, Lumière et solitude, Réunion des Musées nationaux-Grand Palais, 2020
- Léon Spilliaert, Éditions Autrement, 2020
Guillain Méjane



















