
Gustave Kahn — Celui qui revendiquait d’avoir libéré le vers

1859 — 1936
Ah ! que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent !
Vos cheveux sont passés dans les ors aux montagnes,
Et vous, dont je me suis exilé, mes chers bagnes,
Intermède
Regardez ces quatre lignes : deux vers courts qui riment, puis deux alexandrins. Rien ne les oblige à cohabiter, et pourtant l’oreille suit. C’est cela, le vers libre, et Gustave Kahn a passé cinquante ans à répéter qu’il l’avait inventé.
La revendication est contestée — Laforgue, Rimbaud, Marie Krysinska ont des titres à faire valoir. Mais il fut le premier à la théoriser, dans une préface de 1897 qui reste le meilleur exposé de l’affaire.
L’homme des revues
Son rôle réel est peut-être ailleurs. Directeur de La Vogue en 1886, c’est lui qui publie les Illuminations de Rimbaud — que personne n’avait lues — et les premiers vers libres de Laforgue.
Il a fondé, dirigé, financé, animé le symbolisme comme mouvement. Sans les revues de Gustave Kahn, ce que nous appelons aujourd’hui la poésie moderne aurait mis vingt ans de plus à exister.
Les Palais nomades
C’est son livre, publié en 1887, et le Vagabond le donne dans son ordre — des pièces numérotées en chiffres romains, coupées d’« Intermède », d’« Éventails », de « Lieds », de « Chansons d’amant ».
Le titre dit la chose : des palais qui se déplacent, une architecture sans fondation. La musique y compte plus que le sens, et il faut accepter de se laisser porter — c’est le contraire d’une poésie qu’on résume.
Après
Romancier, critique d’art, historien du symbolisme, chroniqueur, il a écrit sans arrêt jusqu’à sa mort en 1936. Il fut aussi un militant du sionisme naissant et du Dreyfusisme.
On le lit peu. On lui doit beaucoup.
Choix de textes
- Intermède — Vers courts et alexandrins côte à côte : le vers libre en acte.
- Chanson de la brève démence — La musique passe avant le sens. C’est le pari du livre entier.
- Éventails — L’objet japonisant que toute sa génération a chanté, et lui mieux.
- Éventails tristes — Le même motif retourné. Il travaille par variations, comme un musicien.
- Voix au parc — Des voix sans corps dans un jardin : le symbolisme à son point le plus pur.
- Nuit sur la lande — Le paysage nordique, obligé chez les symbolistes, et bien tenu.
- Thème et variations — Un titre de musicien pour une méthode de musicien.
- Colloque nuptial — Le dialogue amoureux, tenu à distance par la forme.
- Soir par la ville — La ville au crépuscule, sujet neuf en 1887.
- Mélopées — Le mot dit tout : une ligne mélodique, sans démonstration.
Pour le lire
Les Palais nomades (1887) — le livre réuni ici, l’un des actes de naissance du vers libre.
Premiers poèmes (1897) — sa préface reste le meilleur exposé de la théorie du vers libre.
Symbolistes et décadents (1902) — l’histoire du mouvement par celui qui l’a animé.
Directeur de La Vogue (1886) : il y publia les Illuminations de Rimbaud.
Guillain Méjane























