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Histoire de rire – Jean Aicard

Histoire de rire – Jean Aicard

… Et des Noëls, on en chanta de toute sorte.
Tous partaient au refrain de leur voix la plus forte,
Et maître Antoine, gris, ne dormait pourtant pas,
Tant vive était la joie, après ce beau repas.

Puis, un voisin joua des scènes de la crèche,
Imitant tour à tour Marie à la voix fraîche,
Saint Joseph, son époux, à la ronflante voix,
Et les gestes de ces personnages de bois:

D’abord l’Ange descend, au bout d’une ficelle,
Sa trompette à la main, annonçant la Nouvelle:
«Bergers de ces coteaux!» et les bergers surpris:
«Il parle francihot comme ceux de Paris!…
Parla-nous prouvençaoù!» La scène continue;
Puis, lorsque la Nouvelle est en tous lieux connue,
Chacun porte à Jésus ses plus riches présents,
Les pâtres, des agneaux; les Mages reluisants,
(Dont un nègre!) offriront le coffret magnifique,
Et le pauvre flûteur, son âme et sa musique.

–«… A ce matin,–j’ai rencontré le train
De trois grands rois qui partaient en voyage;
A ce matin, j’ai rencontré le train
De trois grands rois qui passaient par chemin!»

«A vous, voisin Joseph!»–«C’est qu’il pleut quand je chante!
Et puis… je ne sais rien!»–«Le rieur! il plaisante!»
–«Je ne chante jamais.»–«Tu contes, c’est bien mieux.»
–«Je commencerai donc, mais… soyez sérieux!»
On rebourra la pipe, on rapprocha la chaise,
Et pour mieux écouter chacun étant à l’aise,
Le farceur, gravement, sans sourire une fois,
Conta ce conte-ci,–qu’il inventait, je crois:

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