
Pablo Picasso
Un vieil aveugle et un garçon, un aveugle à son petit déjeuner, une mère et son enfant : le mur de Pablo Picasso s’ouvre sur la misère de la période bleue et se referme sur un Homme à la pipe de 1968. Entre les deux, ni Les Demoiselles d’Avignon ni Guernica, mais une traversée par petites touches d’une œuvre immense, qui aide à sentir la vitesse à laquelle ce peintre changeait de manière.
La période bleue couvre les années 1901 à 1904. Elle commence avec le suicide de son ami Carles Casagemas et doit son nom à la teinte qui domine alors ses toiles. Picasso peint des pauvres, des mendiants, des aveugles, aux silhouettes souvent étirées et faméliques, inspirées du Greco qu’il étudie à cette époque. Lui-même vit dans le dénuement, au point de brûler une liasse de ses dessins pour se chauffer. Mère et enfant et Marchand de gui (1902), Les toits de Barcelone, Petit déjeuner d’un homme aveugle et Le vieil aveugle et le garçon (1903) en sont les témoins ; ce dernier accompagne ici le Dies iræ de Leconte de Lisle, et les deux se répondent. L’acteur date de 1904, l’année où Picasso s’installe au Bateau-Lavoir et où commence la période rose.
Du cubisme à la Côte d’Azur
Le Portrait du marchand d’art Ambroise Vollard (1910) est l’un des grands portraits cubistes : de 1907 à 1914, avec Georges Braque, Picasso décompose les formes en facettes géométriques. Vollard n’est pas un modèle comme un autre : il l’a exposé dès 1901 et lui a acheté la plupart de ses toiles roses en 1906. Femme dans un fauteuil date de 1918, l’année de son mariage avec la danseuse Olga Khokhlova. Trois musiciens, dont il existe deux versions, est peint à Fontainebleau durant l’été 1921. Paysage de Juan-les-Pins rappelle l’été 1924 passé à la villa La Vigie.
La seconde moitié du mur est plus intime. Nature morte au crâne de taureau (1939) touche à la tauromachie, qui traverse toute son œuvre depuis Le Petit Picador jaune peint à huit ans. Femme dessinant entourée de ses enfants (1950) appartient aux années de Vallauris, où il vit avec Françoise Gilot et où naissent Claude et Paloma. Pigeons (1957) rappelle que son attachement pour ces oiseaux remonte à l’enfance : son père s’en servait comme modèles, et le jeune Pablo les emportait jusqu’à l’école. Ici, la toile accompagne justement les Lettres à Pablo Picasso de Jean Cocteau, l’ami de Rome et du ballet Parade. Nature morte à la lampe (1962) est peinte peu après son installation au mas Notre-Dame-de-Vie de Mougins, où il meurt en 1973.
Il manque la période rose, les grandes toiles de l’entre-deux-guerres et les œuvres engagées ; restent des jalons, dont chacun marque un tournant.




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Pour aller plus loin
- Conversations avec Picasso, Gallimard, 1997
- Sur Picasso, Fondation archives Antonio Saura, 2018
- Picasso-Afrique, Centre Georges Pompidou, 1995
Guillain Méjane



















