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Carlo Carrà

En 1910, Carlo Carrà signe avec Umberto Boccioni, Luigi Russolo et Marinetti le Manifeste de la peinture futuriste. On retient souvent de lui ce seul moment, et des toiles comme Les Funérailles de Galli l’anarchiste ou La gare de Milan. Cinq ans plus tard, pourtant, il fonde avec Giorgio De Chirico et son frère Alberto la peinture métaphysique, et il vivra encore un demi-siècle. C’est ce second Carrà que montre ce mur : aucune toile futuriste n’y figure.

La jeunesse avait été agitée. À quinze ans, Carrà est décorateur mural à Milan, où il découvre dans les musées la peinture de Segantini ; entre 1899 et 1900, il est à Paris pour décorer des pavillons de l’Exposition universelle et s’y familiarise avec l’impressionnisme ; il passe six mois à Londres parmi des anarchistes italiens en exil, puis entre à l’Académie de Brera. Le jeune homme proche des libertaires finira, à la montée du fascisme, aux côtés des ultra-nationalistes.

Les toiles réunies ici couvrent plus de quarante ans, de 1916 à 1958. La plus ancienne, La Calèche (1916), appartient aux années métaphysiques ; le mot venait d’Apollinaire, qui l’avait employé en 1913 à propos des tableaux de De Chirico exposés au Salon d’automne. C’est la toile à regarder pour mesurer le chemin parcouru depuis le futurisme : trois ans à peine après Le Cavalier rouge, le sujet est un simple attelage.

Viennent ensuite les paysages, auxquels le musée d’art de Mendrisio a consacré en 2013 une exposition entière, à partir de ceux de 1921. San Giorgio Maggiore (1926) est de l’année de son Canal à Venise ; Phare (1928), de l’année qui suit Le Navire. Sur le site, ces deux toiles accompagnent chacune un poème de Fernando Pessoa : Cet air bas sous les nuées immobiles pour Venise, Une sensation de nouveauté froide pour le phare. Deux titres qui pourraient servir de légende à ces toiles.

Les deux dernières toiles sont des œuvres de vieillesse, peintes moins de dix ans avant sa mort à Milan, en 1966 : Maisons (1956) et La maison de Merate (1958). Après le vacarme des manifestes, le peintre s’en tient à ce motif modeste, la maison, qu’il reprend deux ans de suite. Le site a confié Maisons à un seul poème, de Zénon Fière, dont le titre sonne comme une question posée à ce silence : Quel son résonne à mon côté.

La Calèche, Carlo Carrà (1916)
La Calèche1916Titre original : La carrozellaAccompagneA les chevaliers aux dames – Christine de Pisan · Ballade XLVIII – Charles d’Orléans · De retour - Samuel Ratany
Voir les autresÉlégie huitième – André Chénier · La Dernière Fête galante – Paul Verlaine · Léthargie. – Alphonse Esquiros · Voicy le mois d’Avril – Pierre de Ronsard
San Giorgio Maggiore, Carlo Carrà (1926)
San Giorgio Maggiore1926AccompagneCet air bas sous les nuées immobiles - Fernando Pessoa · La Rose-thé – Théophile Gautier · Résurrection – Émilie Arnal
Phare, Carlo Carrà (1928)
Phare1928Titre original : LighthouseAccompagneLe Château du Souvenir – Théophile Gautier · Puisqu’en quittant les mains qui savaient me bénir – Zénon Fière · Une sensation de nouveauté froide - Fernando Pessoa
Maisons, Carlo Carrà (1956)
Maisons1956Titre original : HousesAccompagneQuel son résonne à mon côté – Zénon Fière
La maison de Merate, Carlo Carrà (1958)
La maison de Merate1958AccompagneÀ la même – Stuart Merrill · À quoi veux-tu songer ? À toi. Songeons à toi – Anna de Noailles · À une Amie – Renée Vivien
Voir les autresAux rois – Victor Hugo · Ballade IX – Charles d’Orléans · Commencement de la toilette – Edmond Rostand · Délaissons, s’il te plaît, Baruch de Spinoza – Tristan Derème · Entre dans mon royaume – Renée Vivien · Judex – Pierre Quillard · L’Âme du vin – Charles Baudelaire · La Dormeuse – Rainer Maria Rilke · Le médecin avorteur – Maurice Magre · Le Tentateur – Amable Tastu · Le Trèfle à quatre feuilles – Marceline Desbordes-Valmore · Les Cigares du Roy – Raoul Ponchon · Les colombes – Rainer Maria Rilke · Médaille – Henri de Régnier · Mon art morose - Dylan Thomas · Ô toi, ma sœur encor… – Albert Samain · Présage – Lucie Delarue-Mardrus · Rendez-vous (I) – Auguste Gilbert de Voisins · Tes yeux sereins – Jean Moréas · Vers pour être mis au bas d’une estampe représentant la place Maubert – Jean-Joseph Vadé

Guillain Méjane