
Martiros Sarian
« La couleur devrait chanter. » Martiros Sarian l’a dit lui-même, et ses toiles le prennent au mot : de grandes taches de couleur pure, posées sur un seul plan, trois ou quatre tons principaux qui se répondent, et une lumière qui semble venir de la couleur elle-même. On le tient souvent pour le père de la peinture arménienne moderne.
Il est né en 1880 à Nor-Nakhitchevan, aujourd’hui un quartier de Rostov-sur-le-Don, dans une famille de la diaspora arménienne. De 1897 à 1903, il étudie à l’École de peinture, de sculpture et d’architecture de Moscou, où il suit les cours de Valentin Serov et de Constantin Korovine. Il subit l’influence de Gauguin et rejoint les groupes de la Rose écarlate puis de la Rose bleue. Un premier voyage en Arménie russe, en 1901, lui inspire le cycle Contes et Rêves, où les hommes, les bêtes et les plantes forment une seule famille, dans l’esprit du symbolisme.
Ce mur ne montre que le jeune Sarian, entre 1905 et 1912. C’est justement celui que les historiens de la peinture arménienne ont toujours préféré au peintre plus académique de la vieillesse. Lac féerique (1905) est contemporain de ces contes. Avec Hyènes (1909), on arrive à l’année où il se tourne vers les motifs que la civilisation industrielle n’a pas encore touchés, et où il généralise à l’extrême les formes de la nature. Sur le site, ces bêtes accompagnent L’Ermite de Guillaume Apollinaire.
Arrêtez-vous surtout devant les deux nuits d’Égypte. De 1910 à 1913, Sarian voyage beaucoup : dans l’Empire ottoman, en Égypte en 1911, en Iran. Paysage nocturne, Égypte date de ce voyage, et Nuit égyptienne le prolonge l’année suivante. Comparez-les : c’est là qu’on voit le mieux ce que deviennent ses aplats de couleur pure quand la lumière baisse. Nuit égyptienne illustre ici Du courage ? de Francis Jammes. Le mur se ferme sur un visage, le Portrait du critique Garéguine Levonian (1912), le seul portrait de la salle.
Manque ici tout ce qui suivit : l’Arménie soviétique, où il s’installe en 1922 et dont il dessine les armoiries et le premier drapeau, les montagnes et les fleurs d’Erevan, les trente-cinq toiles parisiennes détruites en 1928 dans l’incendie du navire qui les rapportait. Sarian meurt à Erevan en 1972 ; sa maison est devenue un musée.




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Guillain Méjane



















