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Fable XII. – Jean-Pierre Claris de Florian

Fable XII. – Jean-Pierre Claris de Florian

Le Vacher et le Garde-chasse.

Colin gardait un jour les vaches de son père;
Colin n’avait pas de bergère,
Et s’ennuyait tout seul. Le garde sort du bois:
Depuis l’aube, dit-il, je cours, dans cette plaine,
Après un vieux chevreuil que j’ai manqué deux fois,
Et qui m’a mis tout hors d’haleine.
Il vient de passer par là bas,
Lui répondit Colin: mais, si vous êtes las,
Reposez-vous, gardez mes vaches à ma place,
Et j’irai faire votre chasse;
Je réponds du chevreuil.–ma foi, je le veux bien:
Tiens, voilà mon fusil, prends avec toi mon chien,
Va le tuer. Colin s’apprête,
S’arme, appelle Sultan. Sultan, quoiqu’à regret,
Court avec lui vers la forêt.
Le chien bat les buissons; il va, vient, sent, arrête,
Et voilà le chevreuil… Colin impatient
Tire aussitôt, manque la bête,
Et blesse le pauvre Sultan.
A la suite du chien qui crie,
Colin revient à la prairie.
Il trouve le garde ronflant;
De vaches, point; elles étaient volées.
Le malheureux Colin, s’arrachant les cheveux,
Parcourt en gémissant les monts et les vallées;
Il ne voit rien. Le soir, sans vaches, tout honteux,
Colin retourne chez son père,
Et lui conte en tremblant l’affaire.
Celui-ci, saisissant un bâton de cormier,
Corrige son cher fils de ses folles idées,
Puis lui dit: Chacun son métier,
Les vaches seront bien gardées.

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