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Mon enfance – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Mon enfance – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Parfois durant les nuits où la douleur déferle,
Ainsi qu’une tempête en mon cerveau brisé,
Je revois, s’estompant de reflets irisés,
Un enfant blond vêtu de blanc comme une perle ;

Il joue parmi les fleurs, frère aîné des oiseaux,
Qui vers les plus petits avec amour se penche,
Il a comme eux des ailes, les nids, sur les branches,
Laisseraient se poser son rêve en leurs roseaux.

Il joue et le soleil d’avril, qui là-haut chante,
Le prend pour un des lys qu’il a fait s’épanouir,
Si les anges voulaient ils pourraient l’accueillir,
Tant ses désirs sont purs et sa chair innocente !

Pourtant, lorsqu’il est seul, subitement ses yeux
Se voilent de chagrin précoce et d’amertume,
Pareils à ces matins où des flocons de brume
Enveloppent les bois et pâlissent les cieux.

Il souffre d’ignorer que son mal est sans cause,
Il souffre d’aimer trop pour ce qu’il est aimé :
Comme un pauvre petit Verlaine inexprimé,
Il souffre de respirer le doux parfum des roses

Et moi j’ai reconnu quel était cet enfant,
Les larmes qui dormaient en repliant leurs ailes,
Comme des cygnes blancs au bord de ses prunelles,
Je les ai vu couler de honte et de tourment.

Aussi je comprends bien que des lois soient sévères,
Que le destin de tous soit écrit dans l’acier,
Mais j’espérais peut-être un peu plus de pitié,
Pour l’ange rose et blond dont riaient les paupières !

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