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Georges Braque

Tout est parti d’un mot. En 1908, devant des paysages de l’Estaque rapportés du Midi par Georges Braque, on parle de « petits cubes » ; le mot restera, et Maisons à l’Estaque passe depuis pour l’acte de naissance du cubisme. Arbres à l’Estaque (1908), qui ouvre ce mur, appartient à cette série de paysages presque tous peints en plusieurs versions, où Braque, après avoir longuement médité les lignes et les couleurs de Cézanne, commence à construire l’espace autrement.

Rien de théâtral chez cet homme discret, fils d’un peintre-décorateur du Havre, qui avait appris le métier en broyant les couleurs et en imitant le faux bois et le faux marbre. Passé par le fauvisme aux côtés de ses amis havrais, il découvre dans l’atelier de Picasso Les Demoiselles d’Avignon ; commence alors la « cordée » Braque-Picasso, deux chercheurs sans cesse en dialogue. La ville dans les hauteurs et La ville sur la colline (1909) datent de l’année où, rentré de La Roche-Guyon et de Carrières-sur-Seine, il décline encore le paysage à la manière de Cézanne, avant que la nature morte ne prenne toute la place. Sur le site, la seconde accompagne la page consacrée à Émile Verhaeren, « celui qui a vu la ville manger la plaine ».

Viennent ensuite les objets. Nature morte au violon (1913) est de la grande période des instruments de musique, celle où Braque introduit dans ses toiles des lettres au pochoir, invente les papiers collés, mêle du sable et de la sciure à la peinture. Puis la guerre l’arrête net : grièvement blessé en 1915, trépané, il ne se remet pas avant 1917. Quand il reprend, ce n’est plus pour déformer mais pour former, sur des fonds noirs qu’il aime tant.

Les trois dernières toiles montrent ce Braque de la maturité, qu’on connaît moins. Citrons (1929) et Piano et mandoline (1931) ouvrent la décennie où, selon Frank Elgar, il peint « ses natures mortes les plus concentrées et les plus savoureuses » : c’est le temps de la maison de Varengeville, achetée en 1928 sur les falaises du pays de Caux. Pichet et journal (1941) date au contraire des années sombres, quand le couple Braque quitte la Normandie pour le Limousin puis les Pyrénées, et que l’occupant confisque nombre de ses peintures.

Il manque ici les Oiseaux, dont deux ornent depuis 1953 un plafond du Louvre, et les grands Ateliers de l’après-guerre. En 1961, le Louvre lui consacre une exposition : Braque est le premier peintre à y être exposé de son vivant. Il meurt deux ans plus tard, et André Malraux prononce le discours de ses obsèques nationales.

Pour aller plus loin

Guillain Méjane