
William Chapman — Le poète québécois qui a passé sa vie à en attaquer un autre

1850 — 1917
Salut, ô fier géant, ô fleuve romantique,
Qui, courant t’abîmer au sein de l’Atlantique,
Reflète dans tes eaux le ciel du Canada,
Le Saint-Laurent
Il faut d’abord dire le fleuve, parce que c’est ce qu’il a fait de mieux. Le Saint-Laurent chez lui n’est pas un décor : c’est le pays lui-même, sa longueur, son froid et sa direction.
Ensuite il faut parler de l’autre chose, parce qu’elle a occupé trente ans de sa vie.
Contre Fréchette
Louis Fréchette était le poète national du Canada français, couronné par l’Académie française en 1880. Chapman a décidé qu’il était un plagiaire, et il l’a démontré publiquement, pièce par pièce, pendant des décennies.
Il a publié pour cela des livres entiers — Le Lauréat, Deux Copains — où il aligne les emprunts de Fréchette à Hugo et aux autres. Il n’avait pas tout à fait tort, et il y a perdu sa réputation : on retient l’aigreur, pas la démonstration.
Le Vagabond garde d’ailleurs de lui un poème « À M. Louis H. Fréchette », qu’il faut lire en connaissant l’affaire.
Le poète du pays
Sous la polémique, il y a l’entreprise sérieuse : donner au Canada français ses grands sujets. Dollard des Ormeaux, Carillon, le monument de Sainte-Foy, la vengeance huronne, les peupliers du domaine, le lac dans les bois.
Et un hommage à Octave Crémazie, le fondateur mort en exil, qu’il admirait sans réserve.
La reconnaissance, à la fin
Traducteur au ministère à Ottawa pendant des années, il a fini par recevoir en 1912 le prix Archon-Despérouses de l’Académie française — celui-là même qui avait couronné son ennemi.
Il est mort à Ottawa en 1917. Le Québec a longtemps préféré Fréchette ; on relit aujourd’hui les deux.
Choix de textes
- Le Saint-Laurent — Le fleuve n’est pas un décor : c’est le pays, sa longueur et sa direction.
- Octave Crémazie — L’hommage au fondateur mort en exil, admiré sans réserve.
- À M. Louis H. Fréchette — À lire en sachant qu’il l’a accusé de plagiat pendant trente ans.
- Dollard des Ormeaux — Le Long-Sault, 1660. Le grand sujet héroïque canadien.
- Carillon — La même bataille que Crémazie. Il fallait oser reprendre le sujet.
- Les peupliers du domaine — Le paysage familier, où il est meilleur que dans l’épopée.
- Le lac dans les bois — Quatre mots, et tout le Nord dedans.
- Coucher de soleil — L’exercice le plus rebattu du monde, tenu sans faute.
- Le monument Sainte-Foye — Une bataille de 1760 et sa statue de 1863 : le pays se fabrique une mémoire.
- Un soir de mai — Le printemps québécois, qui n’est pas celui des manuels français.
Pour le lire
Les rayons du Nord, poésies canadiennes — l’édition disponible aujourd’hui.
Les Québecquoises (1876) · Les Feuilles d’érable (1890) · Les Aspirations (1904) · Les Rayons du Nord (1909).
Le Lauréat (1894) · Deux Copains (1894) — les livres où il démontre les emprunts de Fréchette.
Prix Archon-Despérouses de l’Académie française, 1912.
Guillain Méjane























