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Dollard des Ormeaux – William Chapman

Dollard des Ormeaux – William Chapman

Or, on était alors en seize cent soixante.
Le Canada français frémissait d’épouvante
Au nom de l’Iroquois sanglant ;
Car, couvrant, de leurs flots, le vaste territoire,
Les Peaux Rouges semblaient avoir juré de boire
Dans le crâne du dernier blanc.

En vain sous la forêt l’ou traquait la peuplade,
En vain, en lui tendant mainte et mainte embuscade,
On la déchirait par lambeaux,
Toujours, comme un serpent, divisé par la hache,
En rampant cherche encor ses tronçons qu’il rattache,
Elle renouait ses anneaux.

De tous les cœurs vers Dieu montait une prière.
À moins que d’écraser la tribu sanguinaire,
La colonie allait mourir ;
Mais, pour tenter enfin cette œuvre périlleuse,
Qui donc allait prêter une main généreuse ?
Une âme française, un martyr

Croyant qu’un prompt assaut, dans un endroit propice,
Peut réduire à néant les plans et l’artifice
Des insatiables bourreaux,
En attendant bientôt des secours de la France,
Des Ormeaux, en avril, sur le fleuve s’élance
Escorté de quelques héros…

Il rencontre aussitôt la bande satanique.
Après un long combat, le soldat héroïque
Défait l’Iroquois infernal ;
Mais ce succès lui fait répandre bien des larmes,
Car il voit expirer ces trois compagnons d’armes :
D’Avignon, Soulard et Duval.

Cependant il poursuit sa course aventureuse ;
Et quand du mois de Mai la brise harmonieuse.
Caressa le sein des forêts,
Il était retranché dans un vieux fort sauvage
Perdu sous les grands bois, tout proche du rivage
Où se déchaîne l’Outaouais.

Là quarante Hurons viennent grossir l’escorte
Que le patriotisme électrise, transporte,
Et que brûle un même désir ;
Là, devant une croix, bercé par l’espérance,
Dollard, au nom du Christ, au nom du roi de France,
Jure de vaincre ou de mourir.

Bientôt les Iroquois, de sang encore avides,
Comme un torrent fougueux croulant des Laurentides,
De leur camp se sont élancés,
Contre l’étroit rempart se sont rués en foule ;
Mais, comme sur le roc vient se briser la houle,
Ils sont aussitôt repoussés.

La fureur des vaincus atteint son paroxisme ;
Avec encore plus de féroce héroïsme
Ils rattaquent sans nul succès ;
Mais, au dedans du fort que la mitraille crible,
Il est un ennemi plus traître et plus terrible :
La soif dévore les Français.

Pour se désaltérer, ils n’ont qu’une eau bourbeuse ;
En vain, à la faveur de la nuit ténébreuse,
Ils veulent franchir les remparts
Pour se ravitailler aux eaux de la rivière,
Ils tombent foudroyés, ils mordent la poussière,
Sous une avalanche de dards.

Un jour, les Indiens font tout à coup entendre
Ce cri : « Braves Hurons, cessez de vous défendre,
« Et vos jours seront épargnés !??
Et tous se rendent : seul Anahontaha reste……
Le fort ne comptait plus, à ce moment funeste,
Que vingt combattants acharnés.

Toujours des assaillants le chiffre énorme augmente.
Et, durant trois longs jours, comme une mer vivante,
Ils entourent la garnison.
Mais le feu meurtrier, que vomit le décombre,
Comme des seigles mûrs fauche les rangs sans nombre,
Abreuve de sang le gazon.

Or, le huitième jour, la horde exaspérée
Allait lever le camp ; mais s’étant assurée
Que le faible retranchement
N’a que vingt défenseurs, elle reprend courage,
Et puis s’élance, avec une nouvelle rage,
À l’assaut du débris fumant.

Et Des Ormeaux, voyant que l’agonie achève,
Et que le seul refuge est la hache ou le glaive,
Emplit un mousquet jusqu’au bord
Puis cherche à le lancer dans la foule hurlante ;
Mais une branche d’arbre a touché la détente,
Et l’arme éclate dans le fort.

Et l’explosion fait le fracas d’une bombe :
Au même instant Dollard criblé de balles tombe
La face contre le pavé ;
Le reste des blessés combat encor sans trêve ;
À coups de coutelas la tribu les achève…
Mais le territoire est sauvé !

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