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Les Cigales – Rosemonde Gérard

Les Cigales – Rosemonde Gérard

Le soleil est droit sur la sente,
L’ombre bleuit sous Jes figuiers ;
Ces cris au loin multipliés,
C’est Midi, c’est Midi qui chante.

Sous l’astre qui conduit le chœur,
Les chanteuses dissimulées
Jettent leurs rauques ululées,
De quel infatigable cœur !

Les cigales, ces bestioles,
Ont plus d’âme que les violes ;
Les cigales, les cigalons,
Chantent mieux que les violons.

S’en donnent-elles, les cigales,
Sur les tas de poussière gris,
Dans les oliviers rabougris
Aux imperceptibles fleurs pâles ;

Et sur les euphorbes aussi
Agonisant sur la pierraille,
C’est encor leur voix qui s’éraille
Dans le pauvre gazon roussi.

Les cigales, ces bestioles,
Ont plus d’âme que les violes ;
Les cigales, les cigalons,
Chantent mieux que les violons.

Aux rustres épars dans le chaume,
Le grand astre torrentiel,
À larges flots, du haut du ciel,
Verse le sommeil et son baume.

Tout est mort, rien ne bruit plus
Qu’’elles, toujours, les forcenées,
Entre les notes égrenées
De quelque lointain Angelus.

Les cigales, ces bestioles,
Ont plus d’âme que les violes ;
Les cigales, les cigalons,
Chantent mieux que les violons.

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