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Un soir de mai – William Chapman

Un soir de mai – William Chapman

Au nuage prêtant la teinte purpurine
De son dernier rayon,
Le soleil est tombé derrière la colline
Qui frange l’horizon.

Sous l’haleine du soir, déjà le jour vacille
Comme un pâle flambeau,
Déjà l’étoile blonde au front du ciel scintille
Comme un riche joyau.

L’air est lourd des parfums de la fleur printanière,
Plein d’un écho charmant.
À la terre le ciel sourit avec mystère
Comme un joyeux amant.

Volant de cime en cime à son frais nid de mousse
Sur le rameau mouvant,
L’oiseau, fou de gaîté, mêle sa voix si douce
À la chanson du vent.

Ici, dans le détour de l’ombreuse vallée
Où la brume descend,
Le ruisseau transparent, sous la verte feuillée,
Gazouille en bondissant.

Là-bas, dans le ravin, l’écumeuse cascade
Sur l’émail des cailloux
Fredonne, avec lenteur, sa fraîche sérénade
Qui monte jusqu’à nous.

Harpe aux accords roulant de colline en colline
Et d’échos en échos,
La cloche de l’église, à la voix argentine,
Chante cent tremolos.

Des buissons, des guérêts, des rochers, de la grève,
Des coteaux, des vallons,
Dans un concert géant, de tous côtés s’élève
Quelque rumeur sans noms.

De tous côtés s’élève une voix qui soupire,
Qui chante avec l’oiseau,
Une voix qui murmure et répond au zéphire,
Aux hymnes du ruisseau.

Moi, savourant, ému, toute la poésie
D’un soir si merveilleux,
Je me laisse bercer sur ces flots d’harmonie
Qui montent vers les cieux.

Mêlant mon faible accord aux voix de la nature
Chantant son hozannah,
Dans mon âme ravie, en secret, je murmure
Un hymne à Jéhovah !

Avec le chant du flot, l’alléluia sublime
De l’airain du saint lieu,
Le frizelis du vent, la clameur de l’abîme,
Moi je dis Gloire à Dieu !

St. François, Beauce, mai 1871.

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