
Carillon – William Chapman

Louisbourg n’était plus qu’un immense décombre.
Ses preux étaient tombés écrasés sous le nombre,
Et des lâches vainqueurs les vaisseaux encombrés
Avaient déjà vomi leurs groupes éplorés
Par de là l’Atlantique écumant de colère
De voir enfin captifs ces rivaux du tonnerre,
Héroïques débris de ce peuple acharné
Dont les exploits avaient si longtemps étonné ;
Et des sommets fumants de la cité guerrière,
Flottait du Léopard la sanglante bannière,
Et la brise du soir, soufflant sur ses débris,
Semblait à chaque instant murmurer : Væ Victis !
Le pays tout entier était à l’agonie ;
Nos soldats avaient beau déployer leur génie,
Étaler leur bravoure aux yeux de l’univers,
Chaque jour apportait quelques nouveaux revers.
Pourtant il nous restait encore l’espérance.
Soudain vers Carillon Abercromby s’avance.
Ses soldats sont nombreux, nombreux comme les flots.
Montcalm en un clin-d’œil rassemble ses héros.
Lévis commande à droite et Bourlamarque à gauche.
Aussitôt l’airain gronde, et la mitraille fauche
Comme des épis mûrs les rangs échevelés.
De tous côtés le feu prend aux murs ébranlés.
Les régiments anglais sont divisés en quatre.
Sur tous les points ensemble ils veulent nous combattre.
Protégés par le feu des Indiens cachés
Sous les arbres épais leur servant de tranchés,
Dans un ordre parfait vers nos murs ils s’avancent.
Ils ne sont qu’à vingt pas. Soudain nos preux s’élancent,
Fondent à flots pressés sur les carrés saxons,
Prompts comme l’ouragan à la cime des monts.
Oh ! quel acharnement et quelle ardeur farouche !
En ce moment les mots se glacent sur ma bouche.
Pour peindre ce combat olympique, géant,
Il faudrait le pinceau du grand peintre flamand.
Tonnant comme la voix de l’Océan qui monte,
Le canon dans les rangs vomit des flots de fonte.
Au souffle du clairon qui fait tressaillir l’air,
Chaque drapeau frémit ; le fer heurte le fer ;
Et les cris des mourants dominent la fanfare.
Ici, c’est un coursier qui se cabre et s’effare.
Là-bas, c’est un vaisseau qui, troué d’un boulet,
Sous les flots frémissants s’enfonce et disparaît.
Tous près c’est un blessé qui sur les morts se traîne.
De longs ruisseaux de sang dégorgent sur l’arêne.
Le ciel est estompé par les feux du combat.
Montcalm s’expose encor comme un simple soldat ;
L’héroïsme enflamme, illumine sa face.
Les guerriers des deux camps sont sublimes d’audace ;
Mais petit à petit l’anglais perd du terrain.
Et bientôt, écrasé par nos soldats d’airain,
Dans la fuite voyant le suprême refuge,
Il retraite en jonchant la plaine d’un déluge
De morts et de mourants dont les lugubres voix
Vont d’échos en échos gronder au fond des bois.
Abercromby, surpris de notre résistance,
Lui qui de nous abattre était certain d’avance,
Ne peut s’imaginer que ce groupe en haillons
Résistera longtemps devant ses bataillons,
Et, d’une noble ardeur l’âme tout enflammée,
À la hâte il refait les rangs de son armée.
Le combat est plus vif et plus terrible encor.
L’aigle qui fend la nue, en son sublime essor,
Est bien moins prompt que l’est l’infanterie anglaise.
Comme fond une paille au sein d’une fournaise,
Sous nos rouges boulets fondent ses bataillous.
En vain Albercromby commande à des lions,
En vain six fois il charge une faible redoute,
Chaque fois nos héros le mettent en déroute……























