
Arkhip Kouïndji
En 1880, à Saint-Pétersbourg, Kouïndji expose un seul tableau, Clair de lune sur le Dniepr. Il fait occulter les fenêtres de la salle et éclaire la toile d’un faisceau électrique ; le public est stupéfait. La toile n’est pas sur ce mur, mais tout ce qui y est accroché tourne autour de la même obsession. « L’illusion de la lumière était son dieu », disait de lui Ilia Répine.
Rien ne destinait à la peinture le fils d’un modeste cordonnier grec pontin des environs de Marioupol, orphelin très tôt, qui apprit à lire en gardant les oies. À quatorze ans, il va frapper à la porte du grand mariniste Aïvazovski, en Crimée, qui ne s’intéresse pas à son travail ; il sera ensuite retoucheur de photographies à Odessa. Il entre enfin à l’Académie de Saint-Pétersbourg comme étudiant libre, rejoint les Peintres ambulants et leur réalisme social, puis s’en détache pour suivre sa propre idée de la beauté.
Le mur s’ouvre sur Le lac Ladoga (1873), l’une des toiles où il commence à s’éloigner des Ambulants : on y admirait la finesse du dessin et le fond de pierre qui brille à travers l’eau transparente. Dix ans plus tard, un tableau de son ami Roufim Soudkovski, trop semblable, lui vaudra une querelle de plagiat. Après la pluie (1879) date de l’année où il présente une trilogie de paysages révélant qu’il a étudié l’impressionnisme ; le même titre revient plusieurs fois ici, comme Après l’orage, preuve d’un regard qui guette le ciel au moment où il se lave.
Vingt ans de silence
La suite du mur est presque vide de figures. Dans les années 1880 et 1890, Kouïndji renonce à toute présence humaine : la nature seule, et surtout la lumière, deviennent son sujet. Au faîte de sa gloire, en 1882, il cesse d’exposer pendant vingt ans et s’enferme dans son atelier, où il accumule quelque cinq cents esquisses et peintures, souvent réunies par séries. On en sent l’écho dans Vagues, Mer et Forêt, toutes trois de 1887, dans Nuages et Crimée (1900) : en 1886, il avait acheté un grand terrain à la pointe sud de la Crimée, où il emmenait ses élèves peindre sur le motif. Ici, Coucher de soleil dans la steppe, au bord de la mer (1895) accompagne Téthys qui m’as vu naître de Jean Moréas.
Les dernières toiles, Coucher de soleil rouge et Croissant de lune au coucher du soleil (1908), appartiennent aux années où il retrouve, dit-on, les souvenirs d’enfance et la passion de contempler le ciel. Un témoin raconte qu’à midi, au coup de canon, il montait sur le toit de sa maison et que des milliers d’oiseaux venaient se poser sur ses bras. Il meurt en 1910 à Saint-Pétersbourg, en léguant ses biens à une société d’entraide pour les artistes qu’il avait fondée.



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