
Odilon Redon
Pendant plus de vingt ans, Odilon Redon n’a presque travaillé qu’en noir : fusains et lithographies peuplés de rêves, qu’il appelait ses « noirs ». Puis, dans les années 1890, il passe au pastel et à l’huile, et la couleur envahit tout ce qu’il fait jusqu’à sa mort. Ce mur, qui court de 1876 à 1912, permet de suivre ce basculement, que le peintre lui-même qualifiait de « déclic ».
Né Bertrand Redon à Bordeaux en 1840, enfant fragile, épileptique, il grandit en partie au domaine de Peyrelebade, dans le Médoc, en « plein isolement de la campagne ». À Bordeaux, le botaniste Armand Clavaud lui fait regarder les plantes au microscope, lire Darwin, Baudelaire, Poe ; Rodolphe Bresdin lui apprend la gravure. Son album de lithographies Dans le rêve, en 1879, le fait remarquer, et Huysmans lui consacre un passage d’À rebours en 1884.
Les premières œuvres du mur datent des années des « noirs » : un Vase avec coquelicot et une Mélancolie de 1876, puis Un village sur la mer en Bretagne (1880) et Village breton (1890), qui rappellent qu’après la guerre de 1870 Redon passait ses automnes en Bretagne. L’homme ailé (1880) et Le soleil noir (1900) montrent l’autre versant, celui des êtres hybrides et des astres éteints ; c’est ce soleil que le site a placé face à Au cœur du monde de Blaise Cendrars.
À partir de 1901, tout change. Branche fleurie jaune ouvre la série des fleurs, qui occupe la moitié du mur. Panneau (1902) date des années où Redon peint de grands décors, pour le château de Robert de Domecy puis pour le salon de musique de l’hôtel de la veuve d’Ernest Chausson ; il écrivait alors couvrir les murs d’une salle à manger « des fleurs, fleurs de rêve, de la faune imaginaire ». Regardez Ophélie au milieu des fleurs (1903) : le titre réunit à lui seul les deux versants de Redon, la figure rêvée et le bouquet. Les Fleurs de 1908 et les Fleurs étranges de 1910 doivent quelque chose à la botanique de Clavaud, mais Redon y ajoute toujours sa part d’imaginaire.
Les Papillons (1910) et les Cinq papillons (1912) ferment la salle. Clin d’œil du hasard : les premiers accompagnent un poème de Francis Jammes, Un gentilhomme. Jammes avait imaginé une rose peinte par Redon affirmant que le peintre ignorait le secret de son génie. Redon s’en était expliqué dans une lettre à Andries Bonger : « La rose dont parle Jammes a tort, je sais ce que je fais ». Manquent ici les albums de lithographies qui firent sa réputation : c’est le coloriste qui domine la salle.





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Pour aller plus loin
- Redon, Éditions Place des Victoires, 2022
- Odilon Redon, Prince du Rêve 1840-1916, Réunion des musées nationaux, 2011
- Redon et moi, RMN-Grand Palais, 2011
Guillain Méjane



















