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La meilleure réclame – Jacques Ferny

La meilleure réclame – Jacques Ferny

Je suis, sans haine, sans motif,
L’inventeur d’un apéritif
Corrosif, nocif à l’excès,
Vraie machine à décès.
Mais, vu la multiplicité
Des jus qui rend’nt la vie charmante,
Pour qu’la mortalité augmente,
’Faut fair’ de la publicité.

J’fais donc afficher mon nectar
Sous les traits d’un dieu sur son char.
(Il faut avant tout fasciner
L’esprit du condamné.)
Mais, vu la multiplicité
Des pétrolett’s que rien n’arrête,
Nul ne veut exposer sa tête
À r’garder ma publicité.

Alors je rédige illico
Pour tous les journaux un « écho » ;
Car ces organes immoraux
Viv’nt surtout des poivrots.
Mais, vu la multiplicité
De voisines littératures
Plus dégoûtant’s que ma mixture,
Nul ne lit ma publicité.

Je la r’jette alors tout au bout
Du « Courrier des Théâtres » où
Auteurs, compositeurs, cabots
Écrivent qu’ils sont beaux.
Mais, vu la multiplicité
Des gloir’s qui s’y font concurrence,
Au bout d’un an, personne, en France
N’avait lu ma publicité.

Alors, comme c’est des buveurs
Qu’en somme il me faut les faveurs,
J’fais coller ma prose au linteau
Des colonn’s Rambuteau.
Mais, vu la multiplicité
De cell’s ayant trait à la… gale
Dont l’œil des clients se régale,
Nul ne voit ma publicité.

J’use ainsi de mille moyens ;
Mes voleurs de concitoyens
Semblaient atteints de cécité
Pour ma publicité.
Mais voilà que, nommé huissier
Près d’un Ministre, je l’insère
Dans un dossier secret que j’serre
Au fin fond d’une armoir’ d’acier !

Tout le monde, le lendemain,
Se la passait de main en main.
La meilleur’ réclame est encor
Cell’ qu’on voit sans effort.

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